Le Premier ministre tunisien appelle les forces de sécurité à intervenir   

Le chef du gouvernement, Hichem Mechichi, a souligné "la nécessité d'une action immédiate" pour ouvrir les routes et réactiver les centres de production  
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AFP/ FETHI BELAID-  -   Le Premier ministre tunisien Hichem Mechichi 

La Tunisie s'apprête à commémorer le dixième anniversaire de la révolution tunisienne le 17 décembre prochain sous forme de manifestations de masse et de grèves générales. Ces manifestations, qui sont en grande partie pacifiques et laïques par nature, appellent au travail et à la liberté.   

Dix ans plus tard, les mobilisations se sont multipliées ces dernières semaines dans les régions défavorisées du sud et du centre. La Tunisie a connu neuf gouvernements différents et aucun n'a réussi à résoudre les problèmes économiques du pays. L'inflation élevée, le chômage et la corruption sont les principaux problèmes que les Tunisiens dénoncent depuis lors, ce qui a entraîné la chute de plusieurs cadres.   

Suite à une rencontre avec le ministre de la défense Ibrahim Bartagi, le ministre de la justice Mohamed Boussetta et le ministre de l'intérieur Taoufik Charfeddine, le chef du gouvernement tunisien a appelé les forces de sécurité à intervenir "immédiatement". Selon l'AFP, pour contenir les manifestants qui bloquent les centres de production industrielle, suite à une série de mobilisations sociales dans tout le pays.   

Les manifestants bloquent les routes, les sites de production d'énergie et de ressources naturelles, et réclament des investissements et des emplois. Dans la région voisine de Gafsa (centre-ouest), l'extraction du phosphate, une des rares ressources naturelles de la Tunisie, est paralysée depuis plusieurs jours à cause des manifestations.   

AFP/ FATHI NASRI : des manifestants tunisiens se sont rassemblés à l'intérieur de l'usine de pétrole et de gaz à el-Kamour, dans le sud de la Tunisie
AFP/ FATHI NASRI- Des manifestants tunisiens se sont rassemblés à l'intérieur de l'usine de pétrole et de gaz à el-Kamour, dans le sud de la Tunisie

Le Premier ministre Hichem Mechichi a souligné "la nécessité d'une action immédiate (...) pour ouvrir les routes et redémarrer les centres de production". Les usines de phosphates font l'objet de mobilisations récurrentes, notamment pour réclamer des emplois pour les jeunes de la région dans cette entreprise publique.  

La société des phosphates de Gafsa a produit moins de quatre millions de tonnes par an depuis la révolution de 2011, contre plus de huit millions de tonnes en 2010. En 2020, elle ne devrait produire que trois millions de tonnes de phosphate, selon le CPG.   

D'autres grèves ont eu lieu à l'usine d'embouteillage de gaz de Gabès (centre-est), ce qui a provoqué une pénurie dans une vaste zone, touchant l'importante ville portuaire de Sfax ; les tensions ont été aggravées par l'arrivée de l'hiver et du froid.  

AFP/FATHI NASRI : des manifestants tunisiens se sont rassemblés à l'intérieur de l'usine de pétrole et de gaz à el-Kamour, Tunisie   
AFP/FATHI NASRI-Des manifestants tunisiens se sont rassemblés à l'intérieur de l'usine de pétrole et de gaz à el-Kamour, Tunisie
  

Ces mouvements interviennent après que les habitants de Tataouine (sud) aient conclu un accord avec le gouvernement après plusieurs mois de blocage de la production de pétrole au Sahara. Le 7 novembre, le gouvernement leur a promis des emplois et un fonds pour financer des projets dans le gouvernorat, promesses qui n'ont pas été tenues jusqu'à présent.  

La Tunisie, dont les difficultés ont été exacerbées par la pandémie, est confrontée à une chute historique de son PIB de -7%, et prévoit un déficit budgétaire record en 2020, selon l'AFP.