Le prix de l'essence au Liban augmente de 100 livres

Cette augmentation est la première mesure appliquée conformément au plan de réduction des subventions décrété par le ministère de l'économie
Atalayar_Crisis Líbano

AP/HUSSEIN MALLA  -   Un manifestant pousse une barrière en plastique et tient un récipient d'essence à brûler pour bloquer une route principale lors d'une manifestation contre la hausse des prix des biens de consommation et la dégringolade de la monnaie locale, à Beyrouth, au Liban, mardi 16 mars 2021.

L'augmentation du prix de l'essence et du carburant a été de 100 livres à la suite du plan de réduction des subventions sur les produits de base. C'est ce qu'a déclaré le ministère de l'Énergie après avoir appliqué le taux bimensuel qui fixe à 100 livres le prix de 20 litres d'essence à 95 et 98 octanes, ainsi que celui du fioul, portant le prix à 38 800, 40 000 et 26 300 livres respectivement.

Face à cette situation, de nombreuses stations-service ont fermé leurs pompes dans tout le pays ces derniers jours, et d'autres ont décidé de rationner sévèrement les quantités disponibles, environ 20 ou 30 000 livres par client, provoquant de longues files d'attente parmi les civils. Face à cette situation, les Libanais craignent que les subventions à l'importation de carburant soient bientôt réduites ou complètement supprimées après l'annonce faite il y a un mois par le ministre des Finances sortant, Ghazi Wazni.

Selon le portail d'information libanais Naharnet, les files d'attente pour les produits de base provoquent des blocages de la circulation dans plusieurs régions. De même, la situation d'extrême pauvreté s'est accrue de manière exponentielle ces derniers mois, à quoi il faut ajouter les menaces qui pèsent sur les importations libanaises face à la pénurie évidente de dollars.

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PHOTO/REUTERS - Le ministre libanais de la Santé Hamad Hasan s'entretient avec le Premier ministre libanais Hassan Diab lors d'une réunion du cabinet au palais du gouvernement à Beyrouth, au Liban, le 10 août 2020.

Le Liban traverse une crise économique et financière aiguë depuis plus d'un an et demi. La chute de la livre libanaise a provoqué une vague de protestations à l'échelle nationale qui a conduit à des blocages dans plusieurs rues de la capitale et d'autres villes. Cette situation est encore accentuée par la grave crise politique que traverse le pays suite à la démission de Hassan Diab, quelques jours après les explosions du 4 août dans le port de Beyrouth qui ont fait 210 morts et 7000 blessés, un accident qui n'a pas encore eu de répercussions juridiques.

Les dettes continuent d'être la cause directe de la noyade du pays. Pour cette raison, les citoyens continuent d'inonder les rues et de semer le chaos tout en exigeant des conditions économiques minimalement dignes. En guise de réponse internationale, le Fonds monétaire international a voulu souligner qu'ils recevront une aide économique, mais pour cela, ils devront former un nouveau gouvernement : "Il est nécessaire de former un nouveau gouvernement immédiatement, avec un mandat fort pour mettre en œuvre les réformes nécessaires.

Actuellement, près de 60 % de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. Cette situation est encore exacerbée par les coupes planifiées dans les produits de subsistance de base et les graves crises de l'électricité qui ont plongé le pays dans l'obscurité pendant de longues périodes. En outre, la pandémie de COVID-19 a aggravé la fragilité du système de santé publique. Selon l'ONG Médecins Sans Frontières : "Les pressions socio-économiques ont rendu le coût des produits de base, y compris la nourriture, de plus en plus difficile à assumer pour de nombreuses personnes".

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AP/HUSSEIN MALLA - Un employé d'une station-service fait le plein d'essence d'une voiture alors que d'autres voitures font la queue en arrière-plan dans un contexte de pénurie de carburant, à Beyrouth, au Liban.

Quant à la population de réfugiés syriens vivant dans le pays, on estime que 89 % d'entre eux vivent sous le seuil d'extrême pauvreté. Cela signifie qu'ils vivent avec moins de 10 000 livres libanaises par personne et par jour, soit l'équivalent d'environ 1 dollar américain (0,82 euro), selon le taux d'échange actuel non officiel du marché.
Face à l'incapacité de former un nouveau gouvernement, Hasan Diab a souligné que la formation du nouvel exécutif doit être "une priorité absolue" face aux confrontations entre le président et le premier ministre en charge. Il a également souligné que la situation actuelle dans le pays "a dépassé les limites de la logique et de la raison". Dans une déclaration, M. Diab a fait état de la situation fragile du Liban, qui est sur le point de devenir un État défaillant : "La formation du gouvernement est devenue une crise nationale qui aggrave la souffrance des Libanais. Dans ce contexte, le pays se trouve "dans un cercle vicieux terrifiant" dans lequel on tente de trouver des accords qui n'ont pas "permis au pays de sortir de l'impasse".

Malgré la gravité de la situation, les discussions sur la formation d'un nouveau gouvernement restent bloquées. De son côté, le président par intérim, Michel Aoun, a déclaré dans un communiqué officiel qu'il avait "envoyé au premier ministre désigné un document indiquant uniquement la méthodologie de formation du cabinet et comprenant quatre piliers". M. Aoun lui-même a déclaré à plusieurs reprises que si l'actuel Premier ministre par intérim, Saad Hariri, ne parvient pas à former un gouvernement, il devrait démissionner de son poste, bien qu'il ne soit Premier ministre du Liban que depuis octobre. La confrontation entre les deux préfigure une situation qui a peu de chances d'être résolue dans les mois à venir.

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PHOTO/DALATI/NOHRA - Le ministre libanais des Finances, Ghazi Wazni.

Pendant ce temps, la population civile continue de subir les conséquences directes d'une crise économique, sociale et politique qui a plongé le Liban dans un état au bord de l'échec. La crise multilatérale à laquelle elle est confrontée prévoit un scénario de résolution difficile qui continue de témoigner des blessures laissées par la guerre. Si les différentes entités politiques ne parviennent pas à s'entendre, cette situation s'éternisera, entraînant une augmentation de la pauvreté vécue par plus de la moitié de la population, ce qui renforcera le ressentiment social et alimentera un climat idéal pour l'incursion de la criminalité. En plus de cela, la crise sanitaire affectera pleinement le faible développement humain et, par conséquent, la pauvreté d'un pays qui continue dans un cercle vicieux sans solution.