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Le Qatar renforce sa position du côté des Houthis dans la guerre du Yémen

Les Qataris prennent de plus en plus leurs distances avec la coalition internationale et le gouvernement légitime du Yémen
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PHOTO/REUTERS  -   L'émir du Qatar, le cheikh Tamim bin Hamad al-Thani

L'inclémence qui imprègne l'atmosphère de la guerre au Yémen est doublement cruelle. Il ne s'agit pas seulement de la plus grave catastrophe humanitaire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui a conduit à la création des Nations unies. C'est aussi un conflit oublié par le monde occidental. Non pas par les pays les plus puissants du monde, dont l'intérêt pour une région stratégiquement clé conditionne leur intervention en territoire yéménite, mais par la communauté internationale dans sa fraction la plus humaine. La longévité du conflit fait que l'on met de côté une guerre qui continue à remplir de nouvelles pages du livre le plus sanglant de l'histoire du Yémen.

Cette fois, c'est le Qatar qui s'est assis pour écrire un nouveau chapitre du conflit, en renouvelant et en augmentant son soutien aux milices Houthi, qui sont également soutenues par le régime iranien. La coalition arabe dirigée par l'Arabie saoudite voit désormais un ennemi plus puissant après les déclarations d'Ahmed Obaid bin Dagher, ancien premier ministre yéménite et actuel président du Conseil de la Choura, qui, suite à sa visite à Doha, laissent entrevoir un changement de position de certains de ceux qui faisaient partie du gouvernement dirigé par le président internationalement reconnu, Abd Rabbuh Mansur al-Hadi, selon des sources informées par le média "Al-Arab".

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REUTERS/KHALED ABDULLAH - Des personnes se pressent pour obtenir des rations alimentaires dans une cuisine de charité à Sanaa, au Yémen, le 20 juillet 2020.

"Les choses sont plus claires maintenant. La campagne militaire est dans l'impasse et devrait être déclarée comme un échec", a déclaré M. Dagher sur son compte Twitter, en référence à l'intervention saoudienne dans le conflit. Ces propos ont été applaudis par le porte-parole de l'organisation considérée comme terroriste par les Etats-Unis, Ansarullah, Mohammed Abdul-Salam. Ce dernier, qui est également chef de la délégation de négociation des Houthis, a répondu via le même réseau social que "dès le début de l'agression menée par l'Arabie saoudite, nous étions tout à fait sûrs qu'elle était vouée à l'échec", ajoutant que "l'invasion n'est pas seulement perverse, mais qu'elle utilisera également des proxies pour atteindre ses propres objectifs".

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AP/HANI MOHAMMED - Un combattant rebelle houthi tient son arme pendant une réunion visant à mobiliser davantage de combattants pour le mouvement soutenu par l'Iran, à Sanaa.
Une déclaration très opportune

Le danger de ce déferlement de messages sur Twitter pointe directement vers un acteur unique qui pourrait être derrière ces mouvements contre la coalition dirigée par Riyad. La visite à Doha de hauts responsables yéménites coïncide avec l'apparition du ministre yéménite des affaires étrangères sur la chaîne qatarie Al Jazeera, où il a donné une interview qui, selon les observateurs, est tout sauf favorable à une solution dans laquelle l'Arabie saoudite et la coalition internationale sont présentes.

Les complications qui peuvent découler de ces déclarations vont encore plus loin. Des sources proches du conflit affirment que les propos du président du Conseil de la Choura pourraient avoir été rédigés directement depuis Doha, profitant de la reprise des activités qataries sur le territoire yéménite. Le Qatar se prépare à établir un nouveau front politique en opposition à la coalition arabe en cherchant à se réconcilier avec les Houthis. Ces démarches auraient attiré certaines des personnalités les plus en vue de la scène politique yéménite, comme l'ancien ministre de l'Intérieur Ahmed Al-Maisari, le vice-président du Parlement Abdulaziz Jabari et l'actuel président du Conseil de la Choura, Ahmed Obaid bin Dagher.

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AP/MARIMAN EL_MOFTY-Un combattant yéménite soutenu par la coalition dirigée par l'Arabie saoudite tire avec son arme lors d'affrontements avec les rebelles houthis sur la ligne de front de Kassara, près de Marib, au Yémen.

Izzat Mustafa, directeur du Phanar Center for Policy Research, a fait une déclaration à "Al-Arab" dans laquelle il a pointé du doigt ces politiciens qui, selon lui, n'ont jamais eu un réel intérêt pour la résolution du conflit, leurs décisions faisant partie d'une "ambition personnelle non engagée [envers le peuple du Yémen]". Mustafa affirme que Bin Dagher et Jabari travaillent depuis quelques années pour le compte des Frères musulmans, également considérés, comme Ansarullah, comme une organisation terroriste par plusieurs pays et même par l'Union européenne.

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PHOTO/Site web officiel du président iranien VIA REUTERS - L'émir du Qatar Tamim bin Hamad al-Thani

Le retour du Qatar sur la scène n'a pas été soudain. Doha travaille depuis des mois à son rapprochement avec les principaux dirigeants du Yémen et l'ensemble de la structure gouvernementale afin de gagner des partisans dans une nouvelle tentative de ramener sur son propre territoire un conflit dans lequel les Houthis perdent de plus en plus d'impact. La raréfaction des forces au sein des milices, ainsi que les dernières défaites contre la coalition internationale, ont affaibli la position des insurgés, qui disposent désormais d'un allié à la force renouvelée et d'une influence sur le territoire de plus en plus inquiétante pour les intentions de paix de la communauté internationale et, surtout, pour la sécurité du peuple yéménite.