Le Qatar va envoyer des conseillers militaires en Libye pour soutenir le gouvernement de Tripoli

Le ministre qatari de la défense Khalid Al-Attiyah a promis cette aide lors d'une réunion avec Fayez Sarraj cette semaine
Troupes fidèles à l'ANG à Tripoli, en Libye, le 6 juillet 2020

PHOTO/REUTERS  -   Troupes fidèles à l'ANG à Tripoli, en Libye, le 6 juillet 2020

Le Qatar prépare son nouveau mouvement de soutien au gouvernement de Tripoli, dirigé par Fayez Sarraj, et enverra des conseillers militaires pour élaborer une stratégie de lutte contre l'armée nationale libyenne, dirigée par le maréchal Khalifa Haftar, selon des informations publiées mardi par le journal numérique Libya Review et basées sur la déclaration d'un responsable gouvernemental non identifié.

Cet engagement est le résultat d'une visite au gouvernement de Tripoli cette semaine des ministres de la défense turc et qatari. L'intervention d'Ankara dans le conflit libyen a été très controversée sur la scène internationale et a été rejetée par la France, l'Egypte, Chypre, la Grèce et les Emirats arabes unis. Le ministre turc de la défense Hulusi Akar et le Qatarien Khalid Al-Attiyah se sont entretenus avec le Premier ministre de Tripoli Fayez Sarraj et le vice-ministre de la défense Salah Al-Din Al-Namroush dans la capitale libyenne, selon le ministère turc de la défense.  

Le Qatar et la Turquie sont intervenus en Libye depuis un certain temps et ont montré un grand intérêt à soutenir Fayez Al-Sarraj. La dernière réunion des ministres de la défense turc et qatari, respectivement Hulusi Akar et Khalid bin Mohammed al-Attiyah, avec le Premier ministre Al-Sarraj, a montré l'importance que le pays du Golfe et l'Eurasie attachent à la zone nord-africaine

Fayez Sarraj et Recep Tayyip Erdogan ont signé un accord à la fin de l'année dernière pour assurer l'assistance militaire turque et pour diviser les zones économiques dans l'arc méditerranéen, où la Turquie vise l'exploitation du gaz et du pétrole. Dans le cadre du conflit libyen, on spécule maintenant sur les préparatifs de la bataille de Syrte, une enclave importante au nord de la Libye et qui pourrait représenter un tournant dans la guerre entre le GNA et l'Armée nationale libyenne (LNA, par son acronyme en anglais), Ce dernier est lié à l'autre exécutif oriental de Tobrouk et reçoit un soutien extérieur de l'Arabie Saoudite, de l'Egypte, du Bahreïn (ces grands rivaux du Qatar, sous embargo depuis 2017), de la France et de la Russie. Précisément, le Caire avait fixé Syrte comme une ligne rouge inviolable qui, si elle était touchée, provoquerait l'intervention de la puissante armée égyptienne. 

Erdogan
PHOTO/AP - Le président turc Recep Tayyip Erdogan et le Premier ministre de l'ANG Fayez Sarraj à Ankara le 4 juin 2020

Le 4 avril 2019, les forces du Haftar ont lancé une offensive sur la capitale de Tripoli, un bastion du GNA (soutenu depuis 2016 par les Nations unies), mais l'intervention turque a réussi à inverser la situation et les milices associées à Sarraj ont regagné beaucoup de terrain et d'importantes enclaves comme Sabratha, Sorman et l'aéroport Al-Watiya.  

Les groupes armés, y compris les mercenaires payés liés à des groupes autrefois liés à des entités terroristes comme Al-Qaïda et Daech, envoyés de Syrie par la Turquie, qui est également impliquée dans la guerre civile syrienne avec ces éléments, comme l'ont noté divers médias. Tout cela avec le soutien financier du pays qatari dirigé par l'émir Tamim bin Hamad al-Thani. En ce sens, le blocus subi par le Qatar depuis 2017, imposé par les nations saoudienne, égyptienne et bahreïnienne, a été motivé par le fait que ces pays ont dénoncé la monarchie du Golfe pour son soutien au terrorisme transfrontalier. Les médias libyens et turcs ont déjà rapporté que le ministre de la défense du Qatar, Khaled al-Attiyah, est arrivé à Tripoli lundi, ce qui coïncide avec la visite du ministre turc de la défense Hulusi Akar et du ministre allemand des affaires étrangères Heiko Maas.

La Libye est un État en faillite, victime du chaos et de la guerre civile, puisqu'en 2011, l'OTAN a contribué militairement à la victoire des différents groupes rebelles sur la tyrannie de Mouammar Kadhafi. Depuis 2015, le pays dispose de deux exécutifs : celui qui est sous la tutelle de Haftar à l'est et celui appelé le gouvernement d'accord national soutenu par l'ONU à Tripoli (GNA)

L'année dernière, la guerre fratricide qui secoue le pays depuis 2015 est devenue une confrontation armée multinationale, complètement privatisée, sans armée régulière, menée par des milices locales et des mercenaires étrangers. Le GNA est soutenue par le Qatar, l'Italie et la Turquie - qui a commencé à installer des bases militaires en Libye - tandis que Haftar est soutenu par la France, la Jordanie, l'Égypte, le Soudan, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et la Russie, ces derniers pays lui fournissant leurs propres mercenaires et armes, malgré l'embargo sur les armes décrété par l'ONU depuis 2011.

Au cours des trois derniers mois, les forces militaires des deux gouvernements, soutenues par des milliers de mercenaires étrangers, ont été déployées dans le Golfe susmentionné, où le contrôle est vital pour l'avenir du pays, au milieu d'une intense activité diplomatique internationale pour tenter d'éviter une nouvelle confrontation armée.