Le Sahel, un front ouvert pour l'Occident

L'Université Francisco de Vitoria a organisé le séminaire "Huit ans d'opérations internationales au Sahel : repenser la stratégie", visant à clarifier la réalité de la région
Soldados en Mali

PHOTO/REUTERS  -   Soldats français au Mali

Le Sahel est un champ de mines. Depuis le déclenchement de la révolution touareg et le coup d'État de 2012 au Mali, cette région aride a vu la montée en puissance de groupes djihadistes qui entravent le développement et menacent la sécurité territoriale. L'implication de l'Occident a perdu de sa pertinence après l'annonce des plans de retrait de la France, mais une nouvelle recrudescence des insurgés oblige l'UE et ses partenaires à concevoir un nouveau plan d'action huit ans plus tard.

Ce vendredi, l'Université Francisco de Vitoria a organisé le séminaire " Huit ans d'opérations internationales au Sahel : repenser la stratégie ", un espace de débat et de présentation de l'impact des différentes opérations internationales menées dans la région. Le directeur du Centre de sécurité internationale de l'IPI-UFV, Ignacio Cosidó, a présenté l'événement et la chercheuse et coordinatrice du groupe d'experts Forum de dialogue Sahel-Europe du Centre de sécurité internationale de l'IPI-UFV, Beatriz de León Cobo, l'a modéré.

Evento Sahel UFV
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L'événement a réuni un groupe d'orateurs de renom possédant une grande expérience dans le domaine. Le diplomate espagnol et ancien représentant spécial de l'UE pour le Sahel, Ángel Losada ; le général de brigade de l'armée espagnole et ancien commandant de la mission EUTM Mali, Alfonso García-Vaquero ; le chercheur et directeur du Centre d'Analyse sur la Gouvernance et la Sécurité au Sahel, Boubacar Ba ; et, enfin, le président du think tank français Institut Prospective et Sécurité en Europe, Emmanuel Dupuy, ont participé à la conférence.

Ángel Losada a été le premier à prendre la parole. Ce diplomate de renom, qui a notamment servi dans les ambassades espagnoles au Nigeria, à Cuba, au Koweït, au Chili et en Éthiopie, est l'un des grands spécialistes de la vie quotidienne au Sahel. Il a récemment occupé le poste de représentant spécial de l'Union européenne dans la région, qui a pris fin en juillet dernier. Pour le diplomate, le Sahel est "une zone de crise" causée par son manque de bonne gouvernance. "C'est le principal problème", a-t-il déclaré.

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"L'Union européenne a été la première organisation à élaborer une stratégie. Elle est fondée sur deux principes : la sécurité et le développement". L'un ne va pas sans l'autre. "Et pour l'étendre à un troisième : la question des droits de l'homme et des questions humanitaires", a conclu M. Losada. Le diplomate espagnol reconnaît les difficultés des 18 missions internationales déployées sur le terrain, dont aucune n'est plus dommageable que la gestion politique exécrable. Les grandes quantités d'argent gaspillées s'expliquent précisément par ce phénomène. "Beaucoup se demandent où va l'argent...".

Pour le diplomate, le diagnostic est évident. Le Sahel est une mosaïque de crises. De la sécurité aux crises économiques et de développement, des conflits interethniques aux crises démographiques - les femmes de la région ont souvent plus de sept enfants en moyenne - et aux crises migratoires. Cette dernière crise pourrait être encore plus grave, mais M. Losada souligne que la principale destination des migrants africains est leur propre continent. "C'est un défi.

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Selon le diplomate, les défis de l'Europe sont de trouver un bon gouvernement avec lequel établir de bonnes relations "sans tomber dans le néocolonialisme", de coordonner les efforts et, enfin, d'être clair sur le fait que "nous ne sommes pas ici pour travailler dans le Sahel, mais pour travailler avec le Sahel". À moyen terme, l'UE vise à renforcer les capacités internes de chaque pays et à proposer un retour au statut d'État. Dans un avenir lointain, l'objectif ultime est de construire une alliance solide entre les acteurs régionaux.

Emmanuel Dupuy a passé en revue les différentes interventions de l'Elysée dans l'instabilité régionale, non sans souligner au préalable les liens étroits entre la France et la région du Sahel " d'un point de vue colonial et militaire ". L'annonce récente par le président Macron d'une réduction des troupes dans la région après dix ans de progrès discrets et d'un décaissement de 942 millions d'euros promet de déclencher une série de changements dans les mois à venir. À cet égard, le chercheur malien Boubacar a demandé plus d'engagement de la part de l'Europe : "La société civile doit être impliquée".

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"L'Espagne unit les deux rives de la Méditerranée", a souligné le général García-Vaquero. Il a passé en revue le déploiement de l'armée espagnole dans la région et sa mission, qui n'est autre que de faciliter la vie des gens et de préserver la stabilité. "Nous sommes fiers", a déclaré le général. "Mais l'intervention militaire ne suffit pas. Nous devons être une aide au développement". Pour García-Vaquero, la solution ne peut être militaire. Elle a besoin d'être accompagnée, car "la sécurité du Sahel est la sécurité de l'Europe et de l'Espagne".