Les Émirats vont rejoindre le Conseil des droits de l'homme de l'ONU pour la troisième fois de son histoire

Un total de 180 voix a certifié l'adhésion controversée de l'État du Golfe à la commission pour les trois prochaines années
Consejo de Derechos Humanos ONU

REUTERS/DENIS BALIBOUSE  -   Vue générale de la session du Conseil des droits de l'homme de l'ONU

Les Émirats arabes unis ont été élus membres à part entière du Conseil des droits de l'homme des Nations unies pour la troisième fois de leur histoire, après avoir siégé à la commission de 2013 à 2018. Cette fois, son adhésion a été remportée par un total de 180 voix de pays de la région Asie-Pacifique.

La consultation, qui s'est tenue jeudi parmi les membres de l'Assemblée générale des Nations unies par vote secret, a récompensé les efforts diplomatiques des Émirats pour être reconnus comme garants des droits de l'homme et a souligné le poids stratégique du pays au sein des Nations unies, ainsi que ses liens féconds au sein de l'organisation.

Bien que les statuts empêchent les États d'être réélus immédiatement après avoir exercé deux mandats consécutifs, la nouvelle autorité émiratie commencera à être visible dès l'année prochaine et s'étendra jusqu'en 2024, atteignant ainsi la durée maximale stipulée de trois ans. Pendant ce temps, il partagera l'espace avec les 47 autres pays qui composent la commission.

Le principal conseiller diplomatique du cheikh Khalifa bin Zayed et chef du Comité national des droits de l'homme, Anwar Gargash, a déclaré que le bilan des Émirats arabes unis "ne se limite pas à la protection et à la promotion des droits politiques, économiques et sociaux, mais englobe également le modèle de réussite de l'État dans des domaines tels que l'émancipation des femmes, la tolérance religieuse et ethnique, le système judiciaire, les droits du travail, la lutte contre la traite des êtres humains et d'autres questions clés connexes".

Anwar Gargash
PHOTO/ARCHIVO  -  Le conseiller en politique étrangère du président émirati, Anwar Gargash

Selon M. Gargash, la société émiratie repose "sur des valeurs fondamentales telles que l'équilibre et le soutien à la justice, où plus de 200 nationalités coexistent et jouissent de la liberté d'exercer leurs droits civils dans le cadre d'un système judiciaire efficace qui se classe au premier rang dans la région selon les indices internationaux pertinents".

À cet égard, le président Khalifa bin Zayed a publié en août une loi fédérale visant à créer un organisme indépendant chargé de promouvoir la défense des droits de l'homme et d'éduquer le public sur le sujet par le biais de séminaires, de conférences et de tables rondes. Ce faisant, le cheikh a commencé à préparer la création d'une institution nationale des droits de l'homme dans l'État du Golfe, qui sera basée à Abu Dhabi.

Ses fonctions consisteront notamment à fournir des informations aux autorités sur la conformité des lois nationales avec les traités et conventions internationaux relatifs aux droits de l'homme dont les Émirats sont signataires. L'organisme est également censé contrôler le respect des libertés humaines inhérentes sur le sol émirien.

L'organisme a un arriéré de travail à faire avant de se mettre en route. Les violations des droits de l'homme dans la monarchie du Golfe sont une constante depuis sa fondation. En fait, la dernière controverse en date a éclaté il y a quelques semaines, lorsque plusieurs membres du Parlement européen ont appelé au boycott de l'exposition Dubaï 2020 et ont condamné la persécution présumée de dissidents emprisonnés dans le pays, tels que Ahmed Mansoor, Mohammed al-Roken et Nasser bin Ghaith.

Jalifa bin Zayed
REUTERS/STEPHINE McGEHEE  -  Cheikh Khalifa bin Zayed Al Nahyan, président des Émirats arabes unis

Les Émirats arabes unis empêchent toute opposition politique et réduisent au silence toute dissidence, déclare Amnesty International. La dernière répression du régime a donné lieu à un procès collectif d'une centaine d'accusés, dont 69 ont été condamnés à des peines allant de cinq à sept ans dans le fameux UAE 94. Le département d'État américain fait état de cas de torture, de détention arbitraire, de restrictions de la liberté d'expression et d'absence d'élections libres, entre autres.

Comme si cela ne suffisait pas, la Haute Cour de justice du Royaume-Uni a condamné en mars le chef du gouvernement émirati, le dirigeant exécutif "de facto" Mohammed bin Rashid Al Maktoum, pour avoir organisé l'expulsion de sa fille Shamsa du Royaume-Uni au début du siècle et la détention ultérieure de son autre fille, Latifa, lors d'un raid maritime alors qu'elle tentait d'échapper à la famille royale en 2018.

Entre 20 000 et 100 000 personnes nées aux Émirats n'ont pas de permis de citoyenneté et ne peuvent donc pas accéder aux droits reconnus par l'État sur un pied d'égalité. Il en résulte une négligence systémique qui se traduit par un manque de soins de santé, de logements subventionnés et d'enseignement supérieur, ou d'accès aux emplois du secteur public, avertit Amnesty International.

Human Rights Watch indique qu'au cours de l'année écoulée, les Émirats arabes unis ont investi des milliards d'euros "dans leur stratégie de puissance douce, visant à présenter le pays comme une nation progressiste, tolérante et respectueuse des droits". Une campagne dont elle est sortie victorieuse et finalement renforcée par les Nations unies.