Les États-Unis bloquent l'accès à plusieurs sites web liés à l'Iran

Parmi les sites web qui ont été "confisqués" figurent Press TV et Al-Alam, qui sont les principaux diffuseurs de langue anglaise et arabe du pays
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Les États-Unis et l'Iran sont deux pays totalement antagonistes mais condamnés à se comprendre ou du moins à essayer, en tenant toujours compte de leurs différences évidentes. La relation entre les deux pays est dans un moment complexe, les deux pays sont déterminés à récupérer le pacte nucléaire de 2015 mais leurs multiples divergences rendent impossible la conclusion d'un accord final.

Les dernières élections en Iran n'ont pas non plus facilité une bonne entente entre les deux nations. L'Iran a repris le chemin de l'ultraconservatisme, avec l'élection d'Ebrahim Raisi comme nouveau président du pays perse. Des élections que le pays nord-américain a qualifiées de "ni libres ni équitables", assombries par un faible taux de participation d'à peine 49 % qui a jeté le doute sur leur légitimité.

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PHOTO/ Majid Asgaripour/WANA (Agence de presse de l'Asie occidentale) via REUTERS - Le candidat à la présidence Ebrahim Raisi

Dans une tournure qui pourrait encore tendre les relations entre les États-Unis et l'Iran, à un moment décisif pour les négociations nucléaires, le ministère américain de la justice a bloqué l'accès à 36 sites Internet iraniens qu'il accuse de désinformation ou de collaboration avec l'organisation Kataeb Hezbollah, désignée comme groupe terroriste par Washington.

Parmi les sites web qui ont été "confisqués" figurent Press TV et Al-Alam, qui sont les principaux diffuseurs en anglais et en arabe du pays, ainsi que la chaîne de télévision yéménite Houthi Al-Masirah. Mais les sites web liés à la République islamique ne sont pas les seuls à avoir été bloqués. Le ministère de la Justice a également bloqué le portail d'information Palestine Today, favorable à l'idéologie du Hamas et du Jihad islamique, ainsi que la chaîne de télévision bahreïnite LuaLua TV, gérée par des groupes d'opposition et disposant de bureaux à Londres et à Beyrouth.

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AP/DAVID AKE - Bâtiment du ministère de la Justice à Washington, D.C.

Pour sa part, le ministère américain de la Justice a expliqué dans un communiqué qu'en octobre dernier, il avait déjà retiré une centaine de sites web liés aux Gardiens de la révolution iranienne parce qu'ils menaient une "campagne mondiale de désinformation" pour influencer la politique américaine et promouvoir la propagande iranienne dans le monde entier.

Dans ce cas, l'institution accuse différentes sociétés d'avoir violé les sanctions de Washington contre Téhéran parce que leurs véritables propriétaires, l'Union iranienne islamique de radio et de télévision (IRTVU) et Kataeb Hezbollah, n'ont pas obtenu de licences spéciales pour opérer. IRTVU a été placé sur la liste noire des sanctions américaines, ce qui interdit aux Américains, aux entreprises américaines et aux entreprises étrangères ou non américaines ayant des filiales aux États-Unis de faire des affaires avec eux.

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PHOTO - Ebrahim Raisi, président élu de l'Iran

Le portail d'information Press TV est à nouveau opérationnel sous le domaine ".ir" et a dénoncé cette décision des autorités américaines, qu'il considère comme une "action coordonnée du gouvernement américain" et une atteinte à la "liberté d'expression".

Cette mesure intervient quelques jours après l'élection du nouveau président de la République islamique, Ebrahim Raisi, ultraconservateur et qui, lors de sa première conférence de presse lundi, a montré une attitude plus dure envers l'Occident que son prédécesseur, Hassan Rohani. Lors de son discours, il a reproché aux États-Unis et à l'Union européenne de "violer et enfreindre" l'accord nucléaire de 2015 et a exigé la levée des sanctions contre l'Iran. En outre, il a déclaré que le programme de missiles balistiques du pays perse n'était pas négociable.

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Délégation de l'UE à Vienne via REUTERS - Enrique Mora, secrétaire général adjoint du Service européen d'action extérieure (SEAE), et Abbas Araghchi, adjoint au ministère iranien des affaires étrangères, au début d'une réunion de la commission mixte du JCPOA à Vienne

Le blocage de plus de 30 sites web liés à la République islamique risque de creuser encore davantage le fossé entre les deux pays et d'affecter surtout les négociations sur le retour au Plan d'action global conjoint (JCPOA, par son acronyme en anglais), comme on appelle communément le pacte nucléaire de 2015. Six cycles de négociations ont déjà eu lieu dans la capitale autrichienne de Vienne. Le dernier round, qui a eu lieu deux jours après les élections en Iran, a été évalué positivement par la plupart des négociateurs en poste dans cette capitale européenne.

Le président élu de l'Iran, Ebrahim Raisi, lors de sa première conférence de presse s'est montré favorable à la poursuite des négociations pour le retour au pacte nucléaire de 2015 mais a fixé des lignes rouges comme la levée des sanctions par les Occidentaux. "Les États-Unis doivent lever toutes les sanctions oppressives contre le peuple iranien et ensuite l'Iran le vérifiera", a déclaré Raisi, qui a dénoncé le fait que Washington "a violé le JCPOA et que les Européens n'ont pas non plus tenu leurs promesses."

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PHOTO/AFP - Le président américain Joe Biden

Il a également déclaré que la politique étrangère de l'Iran ne se limiterait pas à l'accord nucléaire. "La politique étrangère de notre gouvernement ne commencera pas et ne se limitera pas à l'accord nucléaire. Nous chercherons une interaction large et équilibrée avec tous les pays du monde", a déclaré Raisi, qui a ouvert la porte à une réconciliation avec l'Arabie saoudite, son principal rival dans la région. En ce qui concerne les relations avec les États-Unis, aucun changement majeur n'est attendu et le président élu, lorsqu'on lui a demandé s'il envisageait de rencontrer le président américain Joe Biden, s'il lève les sanctions et revient à l'accord nucléaire, le président élu iranien a répondu par un "non" catégorique.

Quelques jours après ces déclarations du nouveau président iranien, qui prêtera serment le 3 août, les États-Unis ont bloqué l'accès à différents sites web liés à la République islamique, ce qui laisse présager une éventuelle confrontation entre les deux pays qui aura pour champ de bataille le cyberespace.