Les femmes afghanes réclament leur liberté grâce à une campagne sur les médias sociaux

Les impositions strictes des talibans ont conduit à un soulèvement des femmes qui luttent pour leur liberté et leurs droits
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Les femmes afghanes continuent de protester contre le régime taliban et ses restrictions. Le nouveau régime taliban, profondément sexiste, se fonde sur une interprétation stricte de la loi islamique qui rend invisible la présence des femmes dans tout espace public et minimise ainsi leur identité.

Malgré le fait que pendant les 20 ans de présence américaine en Afghanistan, les progrès des femmes ont été lents et ne se sont pas déroulés de la même manière dans les zones urbaines et rurales, les femmes ont obtenu une série de droits fondamentaux tels que l'accès à l'éducation, au travail ou le fait de ne pas être obligées de porter une burqa. Aujourd'hui, avec la présence des talibans, les droits des femmes ont été réduits à néant et dépendent directement des ordres des insurgés.

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PHOTO/ Sophia Moruwat/via REUTERS - Une femme pose en tenue traditionnelle afghane, à Stavanger, en Norvège, le 12 septembre 2021, sur cette image obtenue des médias sociaux.

L'un des exemples des mesures les plus restrictives mises en œuvre par les talibans est le code vestimentaire, qui impose aux femmes de se couvrir le corps de la tête aux pieds. En outre, la loi interdit l'utilisation de cosmétiques ou de parfums, le port de tout type de vêtement de couleur vive, et les vêtements doivent être amples. Il interdit également le port de talons hauts et stipule que si les femmes portent la burqa et montrent leurs chevilles, elles seront fouettées en public.

C'est pourquoi plusieurs femmes afghanes ont mené une campagne sur les réseaux diffusant des images avec des robes traditionnelles colorées de l'Afghanistan afin de mettre en évidence la véritable richesse culturelle du pays. Sous les hashtags #DoNotTouchMyClothes et #AfghanistanCulture, les femmes tentent de reconquérir leur liberté à travers la tenue traditionnelle de leur pays, loin de la sobriété et de la rigidité de la burqa, un vêtement qui révèle les yeux de la femme à travers une grille discrète. 

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AFP/HOSHANG HASHIMINI - Des femmes vêtues d'une burqa marchent dans un marché d'occasion temporaire dans le quartier de Chaman-e-Huzuri à Kaboul, le 16 septembre 2021.

Les images vues sur les médias sociaux montrent des robes brodées à la main aux motifs colorés, avec de petits miroirs placés autour des jupes et de la partie supérieure. Les jupes ont un large volant qui permet à la robe d'être mise en valeur lorsque les femmes dansent l'Attan, la danse traditionnelle afghane exécutée en cercle dans laquelle les femmes tournent autour d'elles-mêmes.

À l'inverse de cette manifestation, un groupe de femmes de l'université de Kaboul portant les habayas traditionnelles imposées par les talibans en signe de soutien au nouveau régime a surpris. Dans des vidéos publiées par les femmes elles-mêmes, certaines d'entre elles ont affirmé que les femmes maquillées "ne représentent pas la femme musulmane afghane" et ont montré leur rejet des "droits des femmes étrangères en désaccord avec la Sharia".

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Cet acte a toutefois suscité la réaction de dizaines de femmes afghanes qui ont rejoint la campagne lancée par Bahar Jalali, professeur à l'Université américaine d'Afghanistan, qui a déclaré que ces nouvelles impositions ne font pas partie de "notre identité". Elle a déclaré avoir lancé cette campagne parce que l'une de ses "plus grandes préoccupations est que l'identité et la souveraineté de l'Afghanistan sont attaquées".

De même, une chercheuse afghane nommée Lima Halima Ahmad a déclaré sur Twitter qu'elle avait décidé de poster une photo en tenue traditionnelle "parce que nous sommes des femmes afghanes, que nous portons notre culture avec fierté et que nous pensons qu'un groupe terroriste ne peut pas définir notre identité". Notre culture n'est pas sombre, elle n'est pas noire et blanche. Elle est colorée et il y a de la beauté, de l'art, de l'artisanat et de l'identité".  

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PHOTO/ Twitter/@dressingsonnets/vía REUTERS - Une femme pose en tenue traditionnelle afghane, à Kaboul, en Afghanistan, en 2018, sur cette image obtenue sur les médias sociaux.

Aux côtés d'Ahmad, une Afghane du nom de Nazmi a raconté aux médias que lorsqu'elle a grandi dans son village, "le port de la burqa, qu'elle soit noire ou bleue, n'était pas du tout courant, et les femmes portaient leurs vêtements culturels afghans. Alors que les femmes âgées portaient un foulard noir, les jeunes femmes portaient des châles colorés. Et ils ont serré la main des hommes.

La journaliste Waslat Hasrat-Nazimi, quant à elle, a publié sur son compte Twitter une photo d'elle-même en tenue traditionnelle, affirmant que "c'est la culture afghane et c'est à cela que ressemble la tenue des femmes".

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PHOTO/ Wazhma Sayle/vía REUTERS - Une femme pose en tenue traditionnelle afghane, à Stockholm, en Suède, le 21 mars 2021, dans cette image obtenue des médias sociaux.

Il convient toutefois de noter que nombre de ces femmes se trouvent hors d'Afghanistan et que les manifestations dirigées par des femmes sur le sol afghan ont été sévèrement réprimées par les talibans. Lors des manifestations, les femmes ont tenté de faire valoir leurs droits, mais beaucoup d'entre elles ont été harcelées.

Compte tenu du manque de liberté en Afghanistan, une enquête récente a montré qu'un pourcentage record de 41 % des hommes afghans souhaitaient quitter le pays. Ce pourcentage s'élève à près de 50 % pour les femmes. Cependant, quitter l'Afghanistan est une tâche difficile, car de nombreuses femmes, qui n'ont pas fait d'études supérieures, craignent de ne pas pouvoir trouver de travail en dehors de leurs frontières, si bien que si elles décident de partir, elles risquent tout.

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PHOTO/ Instagram/@lemaafzal/vía REUTERS - Des femmes posent en tenue traditionnelle afghane à Rotterdam, aux Pays-Bas, en juillet 2021, sur cette image obtenue à partir des médias sociaux.

L'Afghanistan est désormais classé parmi les pays les plus dangereux pour les femmes, suivi par la République démocratique du Congo, le Pakistan, l'Inde et la Somalie. En ce sens, l'Union européenne et les États-Unis ont montré leur préoccupation pour la situation que vivent les femmes afghanes et ont demandé aux talibans, ceux-là mêmes qui dictent les lois strictes et radicales auxquelles les femmes doivent se conformer, "d'éviter toute forme de discrimination et d'abus (...) Les femmes afghanes doivent vivre en sécurité et dans la dignité. Il faut prévenir toute forme de discrimination et d'abus à son encontre".

La communauté internationale s'est déjà déclarée "prête à aider les femmes en leur apportant une aide humanitaire et un soutien afin que leurs voix puissent être entendues". Or, les Etats-Unis ou l'Union européenne reconnaissent déjà "de facto" le régime des Talibans, un régime qui signifie nécessairement la limitation de la liberté des femmes et leur oppression.