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Les frictions entre l'UE et la Turquie se poursuivent

La Turquie a qualifié l'UE de "tactique de diversion" et a accusé Bruxelles d'être "loin de prendre les mesures nécessaires"
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AP/JOHANNA GERON  -   Les dirigeants et chefs d'État de l'UE se réunissent dans la salle de réunion principale lors d'un sommet européen au bâtiment du Conseil européen à Bruxelles

Les dirigeants européens sont réunis à Bruxelles pour un sommet de deux jours réunissant les chefs d'État et de gouvernement des 27 pays qui composent l'Union européenne. Parmi les principales questions à l'ordre du jour figurent les relations avec la Turquie et les migrations. Les relations entre l'UE et la Turquie ont toujours été caractérisées par une tension constante dans laquelle les deux puissances ont continuellement repoussé les limites.

Parmi les principaux désaccords entre l'UE et le pays eurasien figurent la question de Chypre, les explorations en Méditerranée orientale, les droits de l'homme concernant les minorités dans le pays turc, la répression des groupes d'opposition et la question des migrations. Depuis la crise des réfugiés syriens en 2016, l'Union européenne a conclu un accord avec Ankara pour 6 milliards d'euros en échange du contrôle des flux migratoires. Cette mesure a été largement critiquée par différentes organisations de défense des droits de l'homme, ainsi que par des ONG, dans ce qui est désormais connu sous le nom de "pacte de la honte".

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AP/JOHANNA GERON - Le Premier ministre portugais Antonio Costa, le président du Conseil européen Charles Michel et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen 

La Turquie a reçu d'importantes sommes d'argent en échange de faire le "sale boulot" de l'Union européenne et d'accueillir les demandeurs d'asile sur son territoire, en plus de ses garde-côtes qui interceptent l'arrivée des réfugiés afin qu'ils ne puissent pas accéder au territoire européen par les îles grecques. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a souvent utilisé la question de l'immigration avec l'UE pour atteindre ses objectifs. Malgré les désaccords permanents entre l'UE et la Turquie, les deux parties savent qu'elles sont avant tout des alliées, car elles dépendent l'une de l'autre, notamment en matière économique et énergétique.

La Turquie et l'UE ont une union douanière commune, ce qui signifie la libre circulation des marchandises, ainsi que l'alignement de la législation turque sur celle de l'UE en matière de réglementation du marché intérieur, notamment en ce qui concerne les normes industrielles. Le pays eurasien a demandé à de multiples reprises la révision de l'accord douanier qui date de 1995 dans le but d'entamer la négociation de l'Union douanière améliorée. Mais l'UE a également gardé cette demande comme une incitation à utiliser contre la Turquie lorsqu'elle veut obtenir un avantage quelconque de ce pays, ainsi que l'exemption de visas que le pays turc réclame depuis des années.

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PHOTO/REUTERS - Réfugiés Turquie

Le sommet européen auquel ont participé les dirigeants des 27 pays de l'UE et les représentants des institutions européennes a largement porté sur les relations avec la Turquie, ainsi que sur les migrations. Il y a deux jours à peine, la Commission européenne a présenté un paquet de 5,7 millions d'euros pour financer la migration, dont 3,5 millions iraient à la Turquie. Cette proposition doit encore être approuvée par le Parlement européen.

Le sommet européen devait également discuter de ce nouveau paquet d'aide aux pays tiers pour contrôler les flux migratoires. En ce qui concerne les migrations, les dirigeants de l'UE ont convenu au cours de la réunion que les partenariats et la coopération mutuellement bénéfiques avec les pays d'origine et de transit seraient renforcés afin de prévenir les pertes de vies humaines et de réduire la pression sur les frontières européennes, dans le cadre de l'action extérieure de l'Union. Par ailleurs, les chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne ont "condamné" et "rejeté" jeudi "les tentatives des pays tiers d'exploiter les immigrants pour leurs intérêts politiques", selon les conclusions du Conseil européen.

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PHOTO/REUTERS - Le président turc Tayyip Erdogan fait une déclaration avant de se rendre à Bruxelles pour un sommet de l'OTAN, à l'aéroport Ataturk d'Istanbul

Quant à la Turquie, le document souligne que "l'État de droit et les droits fondamentaux dans ce pays d'Eurasie restent une préoccupation majeure. Les attaques contre les partis politiques, les défenseurs des droits de l'homme et les médias représentent des reculs majeurs en matière de droits de l'homme et vont à l'encontre des obligations de la Turquie en matière de respect de la démocratie, de l'État de droit et des droits des femmes."

Après que les conclusions du Conseil européen ont été rendues publiques, le gouvernement turc a accusé l'Union européenne de mener une "tactique de diversion" et a reproché à Bruxelles d'être "loin de prendre les mesures nécessaires". Dans une déclaration officielle, le ministère turc des affaires étrangères souligne que "la Turquie a plus que rempli ses responsabilités en termes de réduction des tensions et de lancement du dialogue et de la coopération" et que l'UE "tarde à prendre des décisions concrètes pour mettre en œuvre l'agenda positif, y compris la mise à jour de l'union douanière".

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AP/MICHAEL SOHN - Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, lors de la "deuxième conférence de Berlin sur la Libye" au ministère des Affaires étrangères à Berlin

De même, la Turquie critique la politique migratoire de l'UE, qu'elle considère comme "une grosse erreur de réduire la coopération en matière de migration à une simple dimension financière". Dans le communiqué, ils rejettent également la position de l'Union concernant la question chypriote et déclarent que "tant que cette attitude de l'UE persiste, il n'est pas possible d'apporter une contribution constructive à la question chypriote", reprochant à l'institution de ne prendre en compte que la position de la Grèce et des Chypriotes grecs mais d'ignorer la partie chypriote turque.

Bien que les conclusions du Conseil de l'Europe soient très critiques à l'égard de l'État de droit et du respect des droits de l'homme en Turquie, elles s'engagent également à travailler de manière coopérative et mutuellement bénéfique. En outre, le communiqué de l'UE se félicite de l'apaisement des tensions en Méditerranée orientale. De son côté, la Turquie a également rendu publique sa position et, comme d'habitude, les deux puissances ont de nombreux points de désaccord, mais toutes deux affichent l'intention de travailler ensemble dans leur propre intérêt.