Les services secrets iraniens menacent d'arrêter Ahmadinejad

Les accusations portées par l'ancien président contre les services de renseignements iraniens, qu'il accuse d'espionnage, ont incité le ministère à menacer Ahmadinejad d'arrestation
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AP/VAHID SALEMI  -   Sur cette photo d'archive du 26 novembre 2006, le président iranien de l'époque, Mahmoud Ahmadinejad, troisième à gauche, passe en revue les volontaires paramilitaires Basij affiliés aux Gardiens de la révolution

Le ministère iranien du Renseignement a lancé une menace voilée à l'encontre de l'ancien président Mahmoud Ahmadinejad après que celui-ci a publié une déclaration accusant le ministère de commettre délibérément des "actes d'espionnage contre les Iraniens".  Le ministère de la sécurité lui-même, qui est actuellement sous l'administration de Hassan Rohani et dirigé par le clerc Mahmoud Alawi, a répondu à ces accusations sous la forme d'un avertissement après avertissement de l'arrestation de l'ancien dirigeant s'il ne revient pas sur ses propos.

Selon un communiqué diffusé par les médias iraniens, le ministère a qualifié ces accusations de "déclarations controversées dirigées contre la sécurité" et a ajouté qu'elles étaient "irréalistes" et qu'elles ne correspondaient pas aux "préoccupations actuelles des Iraniens". Toutefois, ces réponses sont allées plus loin et le ministère lui-même a promis à M. Ahmadinejad d'avoir "une réponse appropriée à ses déclarations" car elles seraient contraires aux "faits de sécurité en temps opportun".

Ahmadinejad a été exclu de la prochaine élection présidentielle iranienne, qui devrait se tenir le 18 juin. Dans des déclarations antérieures, M. Ahmadinejad avait menacé de boycotter l'élection si le Conseil des gardiens disqualifiait sa candidature, en encourageant la non-participation au scrutin. Ses avertissements se sont réalisés. L'ancien président continue de critiquer les services de renseignement iraniens, qualifiant le ministère de "gang de sécurité affilié au régime" et affirmant que des caméras de surveillance avaient été installées à son domicile. A ces actions, Ahmadinejad s'est vanté après avoir déclaré qu'il fallait installer des caméras de surveillance dans l'entrepôt nucléaire secret de Turkuzabad "pour qu'ils ne viennent pas voler les documents du pays" car cet espace a subi plusieurs attaques dont Israël est accusé.
 

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AFP/ ATTA KENARE - Des partisans de l'ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad se rassemblent devant le siège du ministère de l'Intérieur dans la capitale Téhéran, le 12 mai 2021

En avril 2018, Netanyahu a affirmé être en possession des archives du projet nucléaire iranien grâce à une opération qui aurait été menée par l'agence de sécurité israélienne, le Mossad. Cependant, Téhéran a catégoriquement démenti ces propos et les a considérés comme de la propagande israélienne. De même, l'ancien président a déclaré que les services de sécurité iraniens étaient "un groupe de sécurité corrompu" et qu'ils étaient à blâmer pour avoir "généré en 2009 un conflit généralisé dans le pays", en référence aux manifestations populaires qui ont eu lieu après les résultats des élections de cette année-là, qui ont donné une victoire controversée à l'ultraconservateur Ahamdinejad.

À l'époque, une marée humaine a bravé l'interdiction de manifester pour apporter son soutien à celui qu'elle considérait comme le vainqueur, le politicien de l'opposition Mir-Hossein Mousavi. Lors de ces manifestations, un manifestant nommé Behnan Taskor a déclaré à El País que "Ahmadinejad nous a rendu un grand service parce qu'il nous a permis de réaliser que nous sommes nombreux et que nous pouvons nous organiser. Toutefois, les manifestations n'ont pas réussi à chasser le président, qui a été réélu lors d'élections accusées d'être frauduleuses.

Au cours de son second mandat, l'ultra-conservateur a été accusé de plusieurs accusations de corruption dans son administration, ce qui a conduit à la condamnation de plusieurs de ses assistants et adjoints à des peines allant jusqu'à 15 ans de prison pour corruption financière.
 

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AFP/AFP - Liste des candidats à l'élection présidentielle iranienne, prévue le 18 juin, et des candidats rejetés

Déjà en 2017, un procureur de la Cour suprême des comptes a déclaré qu'Ahmadinejad risquait d'être puni pour 7 chefs d'accusation de détournement de fonds publics, notamment des actes de corruption d'une somme totale de 2 milliards de dollars pendant son second mandat de président.

Le 18 juin, les candidats Ali Larijani et Ebrahim Raisi, principal rival de Rohani aux élections de 2017 et favori comme futur président, s'affronteront pour la nouvelle présidence. En outre, cet homme conservateur et religieux exerce une grande influence dans le pays en gérant et en gardant la plus grande mosquée d'Iran.

Bien que plus de 50 millions d'Iraniens soient appelés aux urnes, des affrontements politiques devraient influencer le faible taux de participation en raison du dégoût de la société face aux crises politique et économique. Cependant, la communauté internationale ainsi que les pays de la région seront très attentifs au résultat des élections car il pourrait entraîner un changement transcendantal et profond dans la politique de la région.