Les talibans exhortent la Turquie à quitter l'Afghanistan avec les troupes restantes de l'OTAN

Ankara avait envisagé la possibilité de contrôler l'aéroport de la capitale à partir du 11 septembre
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PHOTO/AFP  -   Les militants talibans afghans

Quelques jours après que la Turquie a proposé d'administrer l'aéroport de Kaboul après le retrait de l'OTAN, un porte-parole des talibans a rejeté la proposition turque. Il a également exhorté Ankara à quitter le pays en même temps que le reste des troupes de l'Alliance atlantique. Ce représentant a rappelé à la Turquie l'accord de 2020 signé par le gouvernement américain, ses alliés de l'OTAN et les talibans, dans lequel ils ont convenu du retrait des troupes étrangères.

Selon cet accord, toutes les troupes étrangères doivent quitter l'Afghanistan avant le 11 septembre, date symbolique commémorant le 20e anniversaire des attentats de 2001 et principale raison de l'intervention américaine dans ce pays asiatique. "Le temps est venu de mettre fin à la plus longue guerre de l'Amérique", a déclaré le président Joe Biden. Les Talibans, pour leur part, ont accepté de ne pas autoriser Al-Qaïda ou d'autres groupes extrémistes à opérer sur les territoires qu'ils contrôlent. 

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AFP/AFP - Graphique des troupes de l'OTAN stationnées en Afghanistan à partir de février 2021

Contrairement aux États-Unis, qui ont commencé à retirer leurs troupes en mai dernier, la Turquie a toujours 500 soldats sur le territoire afghan. Ces soldats sont engagés dans la formation des agents de sécurité locaux.

"La Turquie a fait partie des forces de l'OTAN au cours des 20 dernières années, elle devrait donc se retirer d'Afghanistan sur la base de l'accord que nous avons signé avec les États-Unis le 29 février 2020", a déclaré Suhail Shaheen à Reuters. Toutefois, Shaheen a exprimé son désir de maintenir de bonnes relations avec Ankara "alors qu'un nouveau gouvernement islamique est établi dans le pays." "La Turquie est un grand pays islamique", a souligné le porte-parole. 

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AFP/SHAH MARAI - Des soldats américains saluent lors d'une cérémonie à la base aérienne de Bagram, à 50 km au nord de Kaboul, le 11 septembre 2006.

Le ministre turc de la Défense, Hulusi Akar, a offert un soutien politique, financier et logistique en Afghanistan à partir de septembre. "Nous voulons rester et aider aussi longtemps que le peuple afghan le souhaite", a déclaré Akar. Le ministre a notamment évoqué l'administration de l'aéroport international Hamid Karzai.

Ankara avait déjà présenté ses plans à Washington dans le but de rapprocher ses partenaires occidentaux. "Rester en Afghanistan n'est pas une responsabilité qu'un seul pays peut assumer sans soutien", a déclaré le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, au média d'État TRT. Cavusoglu a réitéré la nécessité de "partager" ce projet de permanence, arguant qu'il existe des risques sécuritaires en plus d'un "coût financier sérieux"

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PHOTO/ Ministère turc de la défense via AP - Hulusi Akar, ministre turc de la défense

John Kirby, porte-parole du Pentagone, a déclaré que Washington et Ankara ont eu des discussions sur la sécurité de l'aéroport de Kaboul. Kirby a rappelé que la stabilité de cet endroit "sera importante non seulement pour les États-Unis, mais aussi pour les autres nations qui souhaitent maintenir leur présence diplomatique à Kaboul".

En revanche, la rencontre entre Biden et Erdogan aura lieu le 14 juin dans le cadre du sommet de l'OTAN à Bruxelles. Malgré les sanctions et les tensions sur des questions telles que la Syrie et l'achat par Ankara d'équipements militaires à la Russie, Erdogan a déclaré que cette rencontre "sera le début d'une nouvelle ère". Le président turc a également fait allusion au "grand potentiel de coopération avec les États-Unis" sur des questions telles que la lutte contre le terrorisme ou le commerce. "Nous apprécions notre partenariat de longue date, profondément enraciné et multidimensionnel avec les États-Unis", a ajouté Erdogan. 

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REUTERS/SEDAT SUNA - Photo d'archive. Photo d'archive, le président turc Tayyip Erdogan (R) et le vice-président américain de l'époque Joe Biden discutent après leur rencontre à Istanbul, en Turquie, le 23 janvier 2016.

De Washington, on regarde aussi avec espoir la future réunion. La porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki, a qualifié la réunion de "priorité" pour Biden. Les responsables américains ont déclaré que le président espère avoir l'occasion de "passer en revue toute l'étendue de nos relations"

L'avenir incertain de l'Afghanistan

La question afghane sera sans doute l'un des sujets abordés entre les deux dirigeants, surtout maintenant que les Talibans ont exprimé leur rejet de la proposition d'Ankara. En outre, le maintien de la sécurité dans le pays après le retrait des troupes pourrait devenir un point commun fort entre les deux pays. D'autre part, la partie de la population afghane qui ne soutient pas le retrait de l'OTAN doit être prise en compte. De nombreux citoyens sont incertains quant à l'avenir, car le retrait pourrait poser de nouvelles menaces pour la sécurité. De plus, les luttes de pouvoir entre les groupes influents pourraient s'aggraver à mesure que les talibans augmentent leur pouvoir

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AFP/WAKIL KOHSAR - Les traducteurs afghans des forces de l'OTAN et des États-Unis craignent que les menaces régulières et les violences meurtrières dont ils font l'objet, ainsi que leurs familles, ne fassent qu'augmenter à l'approche de la date limite de retrait de l'alliance.

Le départ des dernières troupes d'Afghanistan intervient dans un contexte de nouvelle vague de violence. Ces dernières semaines, 150 soldats afghans ont été tués par les talibans. D'autre part, Daesh reste une force puissante, comme le souligne Ross Wilson, un haut diplomate américain à Kaboul. Le groupe terroriste a été l'auteur de récentes attaques contre des écoles et des temples religieux. Il convient également de noter la situation critique des femmes et des filles dans le pays. En mai dernier, 85 filles ont été tuées dans une attaque contre leur école. Samira Hamidi, chargée de campagne d'Amnesty International en Afghanistan, a mis en garde contre les risques encourus par les femmes, notamment les jeunes filles et les étudiants, dans le nouveau scénario qui se dessine dans le pays. "Après avoir lutté sans relâche pendant deux décennies pour faire reconnaître leurs droits fondamentaux, les femmes afghanes sont confrontées à la perspective de voir ces acquis remis en cause", a déclaré Hamidi.