Les talibans pakistanais, renforcés après la victoire des talibans afghans

La montée des talibans continue de modifier la configuration du Moyen-Orient et les luttes de pouvoir entre les groupes radicaux
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AP/MUHAMMAD SAJJAD  -   Un soldat paramilitaire pakistanais, à droite, et des combattants talibans montent la garde de leurs côtés respectifs à un poste frontière entre le Pakistan et l'Afghanistan, à Torkham, dans le district de Khyber, au Pakistan

Trois mois à peine après la prise de contrôle de Kaboul par les talibans, l'Afghanistan est devenu un paysage peu sûr et incertain. Les attaques terroristes de l'ISIS-K, l'affilié terroriste de Daesh en Afghanistan, se sont poursuivies sans relâche, démontrant que les talibans n'ont pas le pays sous leur contrôle, et plongeant la population dans un régime qui viole systématiquement les droits fondamentaux, notamment ceux des femmes et des filles.

Cependant, la victoire des talibans a renforcé les talibans du Pakistan voisin. Là-bas, dans les régions accidentées habitées par différentes tribus, on assiste au réveil du Tehrik-e-Taliban ou TTP, les talibans pakistanais, une organisation distincte des talibans afghans qui partage la même ligne idéologique stricte. 
 

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PHOTO/AP -  Des combattants talibans patrouillent dans la ville de la province de Kandahar, dans le sud-ouest de l'Afghanistan, dimanche 15 août 2021.

Fondé par Baitullah Mehsud au début des années 2000, le TTP est un mouvement insurrectionnel qui a pris forme en tant que forme de protestation contre le gouvernement pakistanais. Après son émergence, les radicaux ont juré de renverser le gouvernement d'Islamabad et de prendre le contrôle par la violence. Toutefois, leurs menaces ont été étouffées après avoir été durement réprimées par l'armée au cours de la dernière décennie. 

Aujourd'hui, avec la nouvelle phase des talibans, le TTP est réapparu après avoir intensifié ses attaques au cours des derniers mois. Depuis janvier de cette année, plus de 300 Pakistanais ont été tués dans des attaques terroristes, dont 144 militaires, selon l'Institut pakistanais d'études sur les conflits et la sécurité.

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AP/RAHMAT GUL - Le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid.

Parallèlement, le scénario afghan actuel a inspiré et renforcé des dizaines de groupes religieux qui se regroupent au Pakistan. Ces congrégations rejettent ouvertement les musulmans chiites, qu'elles considèrent comme des hérétiques, et maintiennent des mesures fortes pour tenter de défendre leur interprétation radicale de l'islam. 

Déjà malmenée par une forte présence religieuse, la société pakistanaise risque de devenir semblable à celle de l'Afghanistan. Selon un sondage Gallup Pakistan, 55 % des Afghans seraient favorables à un "gouvernement islamique" comme celui de l'Afghanistan, selon AP. Toutefois, ce sondage n'a porté que sur 2 170 Pakistanais sur une population de plus de 220 millions d'habitants. Il n'est donc pas représentatif, mais il donne une indication de ce que la population du pays serait prête à soutenir. 

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À cet égard, le Pakistan a évité de reconnaître le "pouvoir de tous les talibans" en Afghanistan, mais a insisté pour que les puissances internationales s'engagent auprès du nouveau gouvernement afghan. Le Pakistan a donc exhorté les États-Unis à fournir des fonds et des ressources aux talibans tout en demandant à ces derniers de reconnaître et d'accepter les minorités religieuses, jouant ainsi un rôle de médiateur.

Comme on le sait, les relations du Pakistan avec l'Afghanistan ne sont pas nouvelles. Les liens entre le Pakistan et les talibans afghans ont débuté dans les années 1980, lorsque le Pakistan a mis en scène la lutte entre les États-Unis et les forces soviétiques en Afghanistan. Plus précisément, le groupe Haqqani, considéré comme un groupe terroriste par Washington et accusé d'être à l'origine des attaques les plus violentes en Afghanistan, a une longue histoire avec l'agence de renseignement pakistanaise, l'ISI. Dans ce contexte, le gouvernement pakistanais dirigé par Arif Alvi s'est tourné vers le nouveau ministre afghan de l'intérieur, Sirajuddin Haqqani, pour l'aider à entamer des pourparlers avec le TTP, a déclaré à l'AP Asfandyar Mir, expert de l'Institut américain pour la paix. Selon la même source, les rangs appartenant au TTP au Nord-Waziristan sont prêts à négocier. Il note toutefois que les factions les plus violentes, dirigées par Noor Wali Mehsud, n'auraient aucunement l'intention d'engager des pourparlers.

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PHOTO/  JORIS FIORITI - Des dizaines de femmes de la minorité Kalash dansent pour célébrer l'arrivée du printemps.

Dans le contexte d'un éventuel rapprochement de certaines factions du TTP avec Islamabad, les talibans demandent à contrôler certaines parties des régions tribales et à les diriger en imposant leur interprétation stricte du Coran et le droit de conserver leurs armes. Dans le cas de l'Afghanistan, l'une des tribus les plus touchées par ces mesures serait les Kalash, une tribu animiste qui a réussi à maintenir ses coutumes uniques depuis plus de 2 300 ans dans un pays où la population musulmane représente 96,8 % de la population totale.

La victoire des Talibans signifie le retour d'un mandat régi par des lois strictes qui restreignent sévèrement les droits sociaux et humains de la population afghane. Avec la prise de Kaboul et le départ d'Asraf Ghani du pays, les talibans ont pris le contrôle du pays et ont réinstauré un système politique restrictif et radical. Cependant, les insurgés ont tenu à ce que la communauté internationale ne les associe pas au même mandat qu'ils ont exécuté dans les années 1990. Ils ont donc cherché à entretenir des relations diplomatiques avec les grandes puissances internationales afin, d'une part, de continuer à gagner du pouvoir et, d'autre part, d'essayer d'obtenir une certaine validation internationale. Cependant, l'Afghanistan traverse une période sombre de son histoire, une période où la violence est à l'ordre du jour et où l'insécurité a contraint plus d'un demi-million de personnes à se déplacer à l'intérieur du pays, tandis que des milliers de personnes tentent encore de fuir leur patrie pour essayer de se construire une vie loin de la terreur.