L'Iran annonce que les États-Unis vont lever les sanctions pétrolières

Cette annonce fait suite au blocage par les États-Unis de plus de 30 sites web iraniens
barco petrolero iran

PHOTO/AFP  -   Le pétrolier Fortune, battant pavillon iranien

Le retour à l'accord nucléaire est en train de devenir une histoire sans fin. Six cycles de négociations ont déjà eu lieu et un septième est attendu depuis que les États-Unis et l'Iran ont décidé de s'asseoir pour négocier en avril dernier. Quatre mois ont passé et les mêmes obstacles qui existaient en avril sont toujours là aujourd'hui. Les messages des parties aux négociations ont souvent été contradictoires.

Alors qu'à la fin d'un cycle de négociation, les parties évaluent positivement la réunion et anticipent l'arrivée imminente d'un accord, lors du cycle de négociation suivant, le message est complètement opposé. Lors de la sixième et dernière des discussions de Vienne, les médiateurs sont allés encore plus loin et ont prédit que le retour au pacte nucléaire de 2015 pourrait avoir lieu avant août. Une date clé puisque le nouveau président élu de l'Iran, Ebrahim Rashi, doit prêter serment le 3 août.

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Photo/Délégation de l'UE à Vienne/Handout via REUTERS - Le secrétaire général adjoint du Service européen d'action extérieure (SEAE), Enrique Mora, et le député iranien au ministère des Affaires étrangères, Abbas Araghchi

Le président américain Joe Biden a affirmé à plusieurs reprises son intention de rétablir le plan d'action global conjoint (JCPOA) avec l'Iran, bien que cette décision lui ait valu des critiques de la part d'Israël, un allié dans la région. De son côté, la République islamique a également fait part de son intention de revenir au pacte. En effet, le nouveau président iranien, M. Raisi, a déclaré qu'il était favorable à la poursuite des négociations en vue du retour au pacte nucléaire de 2015, mais a fixé certaines lignes rouges. Ce sont ces lignes rouges, dans le cas de la République islamique et des États-Unis, qui empêchent toute avancée dans le processus de négociation et mettent en évidence une série de différences insurmontables entre les deux pays.

La méfiance que les deux pays affichent l'un envers l'autre est l'une des principales pierres d'achoppement des pourparlers qui se tiennent à Vienne. Depuis 2018, lorsque l'ancien président américain Donald Trump a décidé d'abandonner unilatéralement le pacte nucléaire et d'imposer des sanctions à l'Iran, la République islamique estime que cette situation pourrait se répéter à tout moment. Depuis que les États-Unis ont décidé de se retirer du pacte, l'Iran s'écarte progressivement de l'accord pour enrichir l'uranium jusqu'à 60 % alors que le pacte prévoyait l'enrichissement de l'uranium à un maximum de 3,67 %. De même, le pays perse a menacé à plus d'une occasion de limiter les inspections de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Le pays nord-américain ne croit donc pas non plus qu'il veuille abandonner son programme nucléaire.

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AP/VAHID SALEMI - Le nouveau président élu de l'Iran, Ebrahim Raisi

L'Iran a déclaré à de multiples reprises que c'est le pays américain qui devrait faire le premier pas, puisque c'est ce dernier qui a décidé de se retirer de l'accord, et donc de lever les sanctions imposées au pays perse. Les États-Unis ont refusé d'être les premiers à faire le pas, car ce serait une preuve de faiblesse. Mais selon les médias d'État iraniens, les États-Unis ont accepté de lever toutes les sanctions sur le pétrole et le transport maritime iraniens. Mahmoud Vaezi, chef de cabinet de l'actuel président iranien Hasan Rohani, a déclaré qu'"un accord a été conclu pour supprimer toutes les sanctions sur l'assurance, le pétrole et le transport maritime qui ont été imposées par Trump."

"Environ 1 040 sanctions de l'ère Trump seront levées dans le cadre de l'accord. Il a également été convenu de lever certaines sanctions à l'encontre d'individus et de membres du cercle intime du Guide suprême", a affirmé M. Vaezi. Les États-Unis n'ont pas commenté ces déclarations. D'ailleurs, lors de sa dernière intervention après le dernier cycle de négociations à Vienne, le conseiller américain à la sécurité nationale, Jake Sullivan, a déclaré qu'il restait "une bonne distance à parcourir", notamment en termes de sanctions et d'engagements nucléaires à prendre par l'Iran.

portavoz del ministerio de Relaciones Exteriores, Saeed Khatibzadeh
PHOTO/ARCHIVE - Saeed Khatibzadeh, porte-parole du ministère des affaires étrangères

Cette annonce intervient quelques heures après que le blocage par les Etats-Unis d'environ 36 sites web iraniens que les Etats-Unis accusent de désinformation ou de collaboration avec l'organisation Kataeb Hezbollah, désignée comme groupe terroriste par Washington, a été rendu public. La réponse de l'Iran à cet événement ne s'est pas fait attendre. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Saeed Khatibzadeh, a qualifié cette mesure de "tentative systématique des États-Unis de restreindre la liberté d'expression mondiale".

Par ailleurs, selon l'agence de presse IRNA, Khatibzadeh a ajouté que "l'administration américaine actuelle a suivi exactement le chemin de l'administration précédente, et cette politique ne mènera qu'à une double défaite pour Washington". Pour sa part, Mahmoud Vaezi a souligné que cet acte "n'est pas constructif" pour les discussions en cours sur le pacte nucléaire et que l'Iran "utilise tous les moyens internationaux et légaux pour condamner cette politique malavisée des États-Unis", selon l'AFP. Dans ce contexte, l'annonce par les autorités iraniennes que les Etats-Unis ont accepté de lever les sanctions sur le pétrole pourrait être une stratégie pour offrir une image de faiblesse du pays américain en réponse au blocage de plusieurs sites web liés à la République islamique.