L'Iran fournit trois millions de barils de pétrole à la Syrie

Les expéditions de brut font partie de la stratégie de Téhéran, qui souhaite montrer son soutien au régime de Bachar el-Assad
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PHOTO/AP  -   Le pétrolier Fortune, battant pavillon iranien.

L'Iran continue de soutenir la Syrie par des livraisons massives de pétrole pour faire face à la crise du carburant que traversent les zones syriennes contrôlées par le régime d'Al-Assad. Cette alliance renforcerait encore l'engagement entre la théocratie iranienne et la dictature syrienne, qui chercherait à renforcer sa position en Méditerranée et à ouvrir de nouveaux marchés pour stimuler l'économie du pays.

Depuis le début de la guerre civile, le pays syrien dépend de son allié iranien pour son approvisionnement en pétrole, à raison d'environ 70 000 barils par jour en moyenne. Toutefois, l'offre s'est réduite en raison du renforcement des sanctions par les États-Unis et de la recherche par l'Iran d'exportations rentables. De même, selon les experts, Téhéran soutiendrait Damas par des livraisons de pétrole afin de renforcer son rôle d'acteur clé en Méditerranée orientale.

Dans ce sens, l'Iran pourrait oxygéner son économie et la Syrie obtiendrait en échange les ressources pétrolières, ce qui serait de première nécessité, puisqu'une partie importante des champs pétrolifères serait sous contrôle américain. Selon des sources analytiques, la plupart des installations de production de pétrole et des raffineries en Syrie ont été rendues inutilisables au cours du conflit.

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AFP PHOTO / HO / PRESIDENCIA IRANÍ  - Une image fournie par la présidence iranienne, le 20 mars 2021, montre Hassan Rouhani prononçant un discours à l'occasion de Noruz, le nouvel an iranien, à Téhéran.

Les zones contrôlées par le régime connaissent depuis des années une grave crise du carburant qui a conduit à la rationalisation du pétrole brut en raison des pénuries de carburant et de gaz nécessaires au fonctionnement des centrales électriques. Cependant, Damas continue de rejeter la responsabilité de cette crise sur l'impasse du canal de Suez.

"Arman 114", "Sam 121", "Daran" et "Romina" seraient les pétroliers qui réaliseraient ces exportations, selon les données de l'International Ship Tracking System. En outre, deux de ces pétroliers sont déjà arrivés à la raffinerie du port de Baniyas, tandis que les deux autres ont perdu leur trace en raison de la fermeture des systèmes de suivi spéciaux à la suite du blocage du canal de Suez les 8 et 9 avril.

En 2019, les deux dirigeants ont déjà resserré leurs liens commerciaux afin de maintenir Al-Asad au pouvoir. Toutefois, l'Iran a l'intention de tisser des liens, également avec les minorités paramilitaires du pays, afin de réaliser ses propres intérêts.  À cet égard, depuis le début du conflit syrien, l'Iran a accru son aide militaire par le biais de la Force Quds, la division internationale des Gardiens de la révolution islamique iranienne. 

 

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PHOTO/SANA  -   Le président syrien Bashar al-Asad.

Le conflit syrien a été l'occasion pour Téhéran de concrétiser sa volonté d'intervenir afin de marquer sa présence sur la scène géopolitique régionale et de manifester son hégémonie dans la rivalité avec l'Arabie saoudite et la Turquie. En outre, assurer la survie du régime syrien garantirait la continuité des liens entre l'Iran et le Hezbollah. En outre, suite aux livraisons continues d'armes à l'organisation islamique, l'Iran deviendrait une importante force offensive pour Israël. En ce sens, le pays israélien serait acculé par ce mouvement puisque la stratégie de l'Iran impliquerait "une ceinture terrestre" reliant le pays à la Méditerranée à travers l'Irak, la Syrie et le Liban.

D'autre part, les relations entre le Venezuela et l'Iran se développent, ce qui permet de contourner les sanctions imposées par les États-Unis. À cet égard, il est à craindre qu'au-delà des livraisons d'essence, il y ait des échanges dans le domaine du renseignement et également au niveau militaire. 

Dans cette ligne, le commissaire présidentiel nommé par Juan Guaidó pour les relations extérieures, Julio Borges, a assuré que "l'Iran utilise le Venezuela comme base de ses opérations pour étendre son influence dans la région". De même, il a déclaré que "ce n'est pas une alliance pour vendre de l'essence, c'est un lien pour affecter les intérêts de la région".