Mohamed Bin Salman laisse la porte ouverte à un rapprochement avec l'Iran

Les deux pays n'ont plus de relations diplomatiques depuis 2016 et ont de multiples fronts ouverts comme la guerre au Yémen
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PHOTO/ Bandar Algaloud/Courtesy of Saudi Royal Court/Handout via REUTERS  -   Le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman

L'arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche, ainsi que les pourparlers de Vienne entraînent des changements dans la géopolitique du Moyen-Orient. Il y a un peu plus d'une semaine, une réunion présumée entre de hauts responsables iraniens et saoudiens à Bagdad dans le but de rapprocher les positions a fait l'objet d'une fuite. Un événement jusqu'alors impensable que seule l'arrivée de Joe Biden à la présidence américaine a permis de réaliser.

L'Iran et l'Arabie saoudite sont deux puissances régionales qui s'opposent dans de multiples conflits, comme dans le cas du Yémen et de la Syrie. Les relations entre les deux pays sont complètement rompues depuis 2016, année où l'escalade des tensions entre les deux pays a atteint son apogée, lorsque l'Arabie saoudite a ordonné l'exécution d'un religieux chiite pour des actions dissidentes présumées. L'Iran a répondu en prenant d'assaut l'ambassade de Riyad à Téhéran.

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PHOTO/Bandar Algaloud/Courtesy of the Saudi Royal Court/Handout via REUTERS - Le prince héritier saoudien Mohammed Bin Salman parle lors d'une interview télévisée à Riyad, en Arabie saoudite, le 27 avril 2021

Depuis 2016, la rivalité entre ces deux pays est allée crescendo. L'Arabie Saoudite, qui s'impose comme la première puissance musulmane sunnite, et l'Iran, le plus grand pays musulman chiite. Les deux puissances ont des différences abyssales quant à leurs objectifs dans la région.

Dans le cas de la guerre au Yémen, une coalition dirigée par l'Arabie saoudite et composée d'États arabes majoritairement sunnites soutient depuis 2015 les forces pro-gouvernementales dans leur guerre contre les rebelles houthis alignés sur l'Iran. L'Iran a nié à plusieurs reprises qu'il fournissait des armes aux Houthis, qui ont intensifié leurs attaques de missiles et de drones contre les villes et les infrastructures pétrolières saoudiennes.

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PHOTO/ Bandar Algaloud/Courtesy of the Saudi Royal Court/Handout via REUTERS - Le prince héritier saoudien Mohammed Bin Salman annonce la construction d'une ville zéro carbone appelée "The Line" à NEOM, dans le nord-ouest de l'Arabie saoudite

En Syrie, la situation est similaire à celle du Yémen. Alors que l'Iran soutient le régime de Bachar al-Asad, l'Arabie saoudite a offert son soutien à l'opposition. De même, le royaume du Golfe a accusé l'Iran de s'ingérer au Liban et en Irak, par le biais de milices telles que le Hezbollah. En revanche, l'Arabie saoudite s'est totalement opposée au retour au pacte nucléaire de 2015, ainsi qu'au rejet par la République islamique de l'apparent rapprochement entre Israël et le gouvernement saoudien.

Face à cette situation, un rapprochement entre les deux puissances semblait plus qu'improbable, mais c'est le propre homme fort du Royaume, Mohamed Bin Salman (MBS), qui a confirmé cette possibilité. "L'Iran est un pays voisin. Tout ce que nous demandons, c'est d'avoir une relation bonne et distinguée avec l'Iran. Nous ne voulons pas que la situation avec l'Iran soit difficile", a-t-il déclaré lors d'une interview diffusée au niveau national à l'occasion du cinquième anniversaire du lancement du programme Vision 2030.

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AFP/ FAYEZ NURELDINE - Le fils du roi Salman, personnage clé derrière le dévoilement d'un vaste plan de restructuration de l'économie du royaume, dépendante du pétrole, est le fils du roi Salman

À propos du pays perse, le prince héritier a ajouté : "Notre problème est le comportement négatif de l'Iran, depuis son programme nucléaire jusqu'à son soutien aux milices illégales de la région, en passant par le lancement de missiles balistiques". Un ton très différent de celui qu'il avait employé des années auparavant lorsqu'il était allé jusqu'à comparer le chef suprême de l'Iran, l'ayatollah Ali Khamenei, à Adolf Hitler.

Au cours de l'interview, il a également fait référence à la relation avec les États-Unis, dont l'harmonie a été remise en question avec le changement d'administration. Joe Biden a décidé de geler les ventes d'armes à l'Arabie saoudite en raison de son implication dans la guerre au Yémen. Mais le coup le plus dur a été la publication d'un rapport de la CIA qui tient Bin Salman directement responsable du meurtre du dissident Jamal Khashoggi.

MBS a voulu lever tous ces doutes et, au cours de l'interview, il a souligné que "nous sommes d'accord à plus de 90% avec l'administration Biden en ce qui concerne les intérêts saoudiens et américains, et nous travaillons à renforcer ces intérêts", ce à quoi il a ajouté "il ne fait aucun doute que les États-Unis sont un partenaire stratégique".

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AFP/ FAYEZ NURELDINE - Tableau de la bourse à la Bourse (Tadawul) de Riyadh montrant les actions d'Aramco, le 12 décembre 2020

Tout au long de l'entretien, Bin Salman, en plus de clarifier les aspects transcendants de la politique étrangère du pays arabe, a également évoqué les réformes en cours dans le Royaume et a souligné la forte dépendance de l'économie du pays vis-à-vis du pétrole.

"Le pétrole a largement soutenu l'économie du Royaume pendant de nombreuses années, mais rester dépendant de ce secteur affecte l'avenir, et il existe d'énormes opportunités en Arabie saoudite en dehors du secteur pétrolier." C'est pourquoi l'Arabie saoudite envisage de vendre des participations dans la compagnie pétrolière publique Aramco à des investisseurs étrangers, dans le cadre des efforts déployés pour attirer les investissements étrangers dans le secteur de l'énergie et réduire la dépendance à son égard.