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Nouveau chapitre dans le conflit diplomatique entre l'Algérie et le Maroc

Dans une interview au quotidien L'Opinion, le Président algérien a abordé la question du Sahara et a critiqué la construction de bases militaires à la frontière séparant les deux pays
Drapeaux marocain et algérien à Saidia, à la frontière entre les deux pays

AFP/FADEL SENNA  -   Drapeaux marocain et algérien à Saidia, à la frontière entre les deux pays

Le développement de l'industrie de la défense marocaine a empoisonné les relations diplomatiques entre le royaume alaouite et l'Algérie. La tension s'est accrue ces dernières semaines suite à l'annonce par Alger d'une nouvelle base militaire près de la frontière séparant les deux nations. Pour de nombreux analystes, cette décision est une réponse à la grande installation que le Royaume entend construire dans la province de Jerada, à seulement 38 kilomètres du territoire algérien.   Dans ce scénario complexe, le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, a exhorté le Maroc, lors d'une interview au le quotidien L'Opinion, à « arrêter la construction d'une base militaire près de la frontière avec son pays », affirmant qu'il s'agissait d'une « forme d'escalade ».  

« La construction de bases militaires à nos frontières est une forme d'escalade qui doit être arrêtée », a déclaré le dirigeant algérien lors de cette interview, dans laquelle il a également souligné l'absence de tension entre les deux nations. « En ce qui nous concerne, nous n'avons pas de problème avec le Maroc et nous sommes concentrés sur le développement de notre pays », a-t-il dit avant de critiquer le fait que « le Royaume n'a pas ce même esprit ».  

El presidente argelino Abdelmadjid Tebboune
AFP/ RYAD KRAMDI - Le président algérien Abdelmadjid Tebboune

Dans cette interview, le président algérien a également abordé la question du Sahara. « Il appartient au Maroc d'entamer un dialogue avec le Polisario. Si les Sahraouis acceptent ses propositions, nous applaudirons », a souligné Abdelmadjid Tebboune, qui a déclaré que le soutien de l'Algérie aux mouvements indépendants « est presque dogmatique », selon plusieurs médias locaux.  Le conflit du Sahara occidental est la pierre d'achoppement des relations entre l'Algérie et le Maroc depuis 1975. « Les relations avec son concurrent naturel dans la région, le Maroc, sont plus que tendues [...] en raison du point de vue opposé que tous deux ont sur le problème du Sahara occidental, un territoire que le Maroc revendique comme sien et qu'il administre en fait, alors que l'Algérie abrite et soutient le Front Polisario dans ce qui est encore une manœuvre pour affaiblir et déstabiliser son adversaire », a expliqué début juin l'analyste Lucas Martin à Atalayar.

Esta foto de archivo tomada el 25 de febrero de 2016 muestra una vista general del campo de refugiados de Smara en la provincia argelina de Tinduf
AFP/FAROUK BATICHE - Cette photo d'archive prise le 25 février 2016 montre un aperçu du camp de réfugiés de Smara dans la province algérienne de Tindouf

Le 4 juillet, le président algérien a déclaré lors d'une autre interview avec France24 que « toute initiative positive de la part du Royaume serait la bienvenue » pour apaiser les tensions entre ces deux pays.  Un jour plus tard, à l'occasion du 58ème anniversaire de l'indépendance algérienne, le roi Mohamed VI a envoyé un message à Abdelmadjid Tebboune, réaffirmant « la solidité des liens de fraternité qui unissent les peuples algérien et marocain » selon l'agence de presse MAP. La même semaine, le Maroc a nommé un nouvel ambassadeur en Algérie.  Selon un communiqué officiel de la Maison royale marocaine, le souverain alaouite a nommé le diplomate Mohamed Aït Ouali au poste d'ambassadeur du Maroc dans son pays voisin, en remplacement Lahcen Abdelkhalek. 

Le portail web des forces armées du Royaume du Maroc a publié des images satellites de ce qui pourrait être des « bases militaires » algériennes érigées à la frontière entre les deux pays, selon l'Observatoire numérique Algérie. D'après ces informations, les photographies ont été prises par les satellites de Mohammed VI-A et Mohammed VI-B, réalisés en collaboration avec la France.  « Ces images montrent trois casernes d'infanterie équipées de systèmes de défense aérienne S-300, construites à seulement huit kilomètres de la frontière avec le Maroc, et deux autres casernes logistiques à seize kilomètres de la frontière », rapporte l'Observatoire Algerie.

Ces journaux accusent également l'Algérie d'avoir transformé la ville de Tindouf, dans le sud-ouest du pays, « en une immense base militaire » qui abrite « des radars, des avions, des chars et de l'artillerie ». L'apparition de ces images survient après que le Maroc ait annoncé son intention de créer une installation similaire dans la province de Jerada.  

El rey marroquí Mohammed VI
AFP/FADEL SENNA - Le roi du Maroc Mohammed VI

Lors du dernier Conseil des ministres du Maroc - présidé par le roi Mohamed VI - trois projets de loi et un projet de décret relatifs au secteur de la défense ont été approuvés. Ainsi, ces lois concerneraient principalement la sécurité de l'information, la légalisation des activités de fabrication et de commerce d'armes et, enfin, le projet de loi fait référence à un amendement de la règle qui parle de l'armée de réserve des forces armées alaouites.  

« Le premier projet concerne la cybersécurité et vise à établir un cadre juridique pour renforcer la sécurité des systèmes d'information des administrations de l'État, des collectivités locales, des établissements et entreprises publics et de toute autre entité juridique de droit public, ainsi que des opérateurs de télécommunications. Le projet prévoit également des règles de sécurité spéciales applicables aux infrastructures d'importance vitale », a rapporté l'agence de presse MAP.  

Deuxièmement, le deuxième projet concerne les matériels et équipements de défense et de sécurité, les armes et les munitions. Selon ces informations, cette mesure vise principalement à « réglementer les activités de fabrication, de commerce, d'importation, d'exportation, de transport et de transit de ces matières et équipements par la mise en place d'un système d'autorisation pour l'exercice de ces activités et d'un dispositif de traçabilité et de contrôle des documents ».  

Mujeres saharauis en el campamento de refugiados de Smara, en la provincia argelina de Tinduf
AFP/ AFP/FAROUK BATICHE - Femmes sahraouies dans le camp de réfugiés de Smara, dans la province algérienne de Tindouf

De même, le troisième projet modifiant la loi sur l'armée de réserve vise à intégrer parmi les officiers de réserve les cadres des établissements et entreprises ayant reçu une formation préalable dans les lieux dépendant des FAR. Enfin, le projet de décret prévoit la réorganisation de l'École royale de l'aviation, dont l'objectif est de « faire bénéficier les entreprises nationales de transport aérien de l'expérience des Forces armées royales dans le domaine de la formation aéronautique ».  Les ambitions du Maroc en matière de défense et la lutte pour le leadership sur le Sahara ont mis à rude épreuve les relations diplomatiques entre les deux nations nord-africaines, mettant en danger la stabilité de la région.​​​​​​​