Nouvelles élections en Irak : du chaos aux protestations civiles sanglantes

Un pays du Moyen-Orient reste embourbé dans l'instabilité politique et sociale
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AFP/ASAAD NIAZI  -   Des manifestants irakiens se tiennent à côté de pneus brûlés lors d'affrontements avec la police lors de manifestations anti-gouvernementales dans la ville de Nasiriyah, dans la province de Dhi Qar, au sud de l'Irak, le 10 janvier 2021

L'Irak ne se remet pas sur pied. Depuis l'invasion américaine en 2003, en raison des prétendues armes de destruction massive que possédait Saddam Hussein, l'Irak a trébuché, devant faire face à l'État islamique d'Irak et du Levant (également connu sous le nom d'ISIS ou Daesh) en 2014 après sa proclamation du califat dans la ville irakienne de Mossoul ou faire face à des manifestations massives contre le système politique, qui ne favorise ni n'aide les citoyens. 

Le début des protestations

L'Irak est plongé depuis plus d'un an dans une situation politico-sociale tendue, avec de nombreuses manifestations au cours desquelles on estime qu'environ 600 personnes ont été tuées et plus de 17.000 blessées par l'armée irakienne. Les protestations ont commencé le 1er octobre 2019 à propos des niveaux élevés de corruption, du taux de chômage élevé, de l'inefficacité des services publics de base et de l'ingérence des pays étrangers dans ses affaires intérieures, en particulier de l'Iran.   

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AP/STEFANIE LOOS - Le Premier ministre irakien, Mustafa al-Kazemi

Bien que les manifestations aient cessé le 9 octobre de la même année en raison de la promesse d'Abdul Mahdi, le premier ministre, de remanier son gouvernement et de réduire le taux de chômage, les Irakiens sont retournés dans les rues le 25 du même mois parce que Mahdi n'a pas accepté de convoquer des élections anticipées. Par la suite, le 29 novembre 2019, il a démissionné de son poste. En mai 2020, un nouveau premier ministre, Mustafa al-Kazemi, a été nommé après des mois de négociations tendues et difficiles.

Sans aucun doute, la situation épidémiologique provoquée par le COVID-19 n'a fait qu'empirer cette situation tout au long de l'année 2020. A tel point qu'il est considéré comme le pays arabe ayant les pires données COVID-19, ce qui a obligé le gouvernement irakien à fermer ses frontières terrestres et à limiter les vols1.  Tout cela a obligé le gouvernement à réduire ses investissements publics, ce qui a entraîné plus de pauvreté, plus de chômage, la dévaluation du dinar par la Banque centrale et, en fin de compte, plus de troubles civils.  

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AFP/ASAAD NIAZI - Un Irakien passe devant des pneus en feu lors d'affrontements avec la police lors de manifestations anti-gouvernementales dans la ville de Nasiriyah, dans la province de Dhi Qar, au sud de l'Irak, le 10 janvier 2021

Le système politique irakien, le muhassasa, est l'une des pierres angulaires sur lesquelles les protestations ont été basées. Selon le muhassasa, établi par la Constitution de 2005, le pouvoir politique est distribué selon des quotas. Comme l'a souligné Elena Labrado (2020), les manifestants ne se voient pas représentés par ces petites élites politiques des partis locaux, qui s'accrochent au pouvoir grâce à ce système de quotas, qui ne fait qu'encourager la corruption2.  

L'influence iranienne en Irak

El asesinato del general iraní Soleimani en territorio iraquí a principios de 2020 tensó las cuerdas entre Estados Unidos e Irán, con la posible escalada de violencia que podría representar. No obstante, como han señalado numerosos expertos, Irán está más interesada en expandir su poder y ser la primera potencia musulmana de Oriente Medio que en su conflicto contra los estadounidenses, por lo que sus negociaciones con la ONU y la Unión Europea en materia nuclear no se han visto interrumpidas, a pesar del abandono estadounidense de la negociación3. En vísperas del aniversario del asesinato de Soleimani, la Zona Verde de Bagdad –donde se encuentran los organismos políticos iraquíes, como la mayoría de Ministerios, y numerosas Embajadas, entre ellas la estadounidense– ha sufrido numerosos ataques con misiles contra estas delegaciones diplomáticas, lo que llevó al ministro de Defensa, Juma Inad, a advertir de que esta escalada de violencia podría desembocar en una guerra civil.

L'assassinat du général iranien Soleimani en territoire irakien au début de l'année 2020 a resserré les liens entre les Etats-Unis et l'Iran, avec l'escalade de violence qu'il pourrait représenter. Toutefois, comme l'ont souligné de nombreux experts, l'Iran est plus intéressé par l'expansion de sa puissance et par le fait d'être la première puissance musulmane du Moyen-Orient que par son conflit contre les Américains, de sorte que ses négociations avec l'ONU et l'Union européenne sur les questions nucléaires n'ont pas été interrompues, malgré l'abandon des négociations par les États-Unis3. À la veille de l'anniversaire de l'assassinat de Soleimani, la zone verte de Bagdad –où se trouvent les organes politiques irakiens, comme la plupart des ministères, et de nombreuses ambassades, dont l'ambassade américaine– a subi de nombreuses attaques de missiles contre ces délégations diplomatiques, ce qui a incité le ministre de la défense, Juma Inad, à avertir que cette escalade de la violence pourrait conduire à une guerre civile.

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AFP/AHMAD AL-RUBAYE - Sur cette photo d'archive prise le 6 janvier 2020, des membres de la force paramilitaire Hashed al-Shaabi scandent des slogans anti-américains lors d'une manifestation contre les assassinats du commandant iranien Qassem Soleimani et du commandant paramilitaire irakien Abu Mahdi al-Muhandis à Karrada, dans le centre de Bagdad

Comme indiqué ci-dessus, l'Iran joue un rôle important dans la politique irakienne, surtout depuis la guerre contre Daesh, après laquelle de nombreuses milices iraniennes ont gagné en force et en puissance au sein du gouvernement de Bagdad. En outre, on suppose que l'intérêt de l'Iran à projeter son influence dans d'autres territoires du Moyen-Orient est dû à l'aspect religieux, d'une part, puisque la branche chiite de l'Islam (très prédominante en Iran et en Irak) est minoritaire au sein de cette religion, et à ses attentes économiques, d'autre part, avec l'aspiration du gouvernement iranien à contrôler un débouché sur la mer Méditerranée avec un couloir entre Beyrouth (Liban) et Téhéran (Iran)3. Ce deuxième aspect est dû à son inimitié historique avec le puissant pays sunnite du Golfe, l'Arabie Saoudite, qui lutte également pour l'hégémonie du pouvoir au Moyen-Orient. Toutefois, les deux pays jouent des rôles très différents : alors que l'Arabie saoudite est un allié classique des États-Unis, l'Iran est considéré comme un commanditaire du terrorisme par le Département d'État américain, au même titre que la Syrie, la Corée du Nord et, depuis peu, Cuba. L'Iran s'est également proclamé leader de la résistance arabe à l'ingérence occidentale dans le conflit israélo-arabe suite à la signature et à la ratification des accords d'Abraham entre Israël et les Émirats arabes unis (et plus tard avec le Bahreïn et le Soudan). Il reste à voir quelle politique étrangère Biden décide d'adopter et la pression exercée sur l'Arabie Saoudite pour qu'elle reconnaisse Israël comme un État, ce qui pourrait forcer d'autres pays du Moyen-Orient à faire de même et pourrait acculer davantage l'Iran sur la scène géopolitique.  

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PHOTO/REUTERS - Une femme irakienne met à jour son inscription sur les listes électorales dans un centre de la Haute Commission électorale indépendante à Bagdad, Irak, 20 janvier 2021
10 octobre 2021. Nouvelles élections parlementaires en Irak

Les élections prévues pour le mois de juin de cette année ont finalement été reportées au 10 octobre. La décision d'avancer les élections, qui correspondent à l'année 2022, a été prise pour tenter de plaire au public, car la population irakienne a demandé à plusieurs reprises des élections équitables et exemptes de toute manipulation. La raison de ce report est que la Haute Commission électorale indépendante (HECI) a demandé plus de temps pour organiser les élections afin de garantir une journée sans soupçons de fraude.  

On s'attend à ce que les citoyens votent plus fortement que lors des précédentes élections tenues en 2018, où le taux de participation n'était que de 44,5 %4. On estime également que le report pourrait profiter à l'actuel Premier ministre Al-Kazemi pour consolider les alliances qui lui seront favorables dans un futur gouvernement. Les partis enregistrés pour se présenter aux élections sont déjà plusieurs centaines, dont un bloc politique qui vise à favoriser la population et à lutter pour les protestations menées lors des manifestations d'octobre 2019. 

Ces élections sont le dernier atout pour débarrasser l'Irak de la corruption et du chômage et pour garantir la justice sociale que son peuple réclame tant. Il reste à voir si la volonté politique de la mettre en œuvre existe.  

Daniel González Jiménez, psychologue et analyste du renseignement

Références
  1. Espinosa, A. (6 de octubre de 2020). Irak cierra sus fronteras para limitar la expansión del virus. El País. Recuperado de https://elpais.com/sociedad/2020-10-06/irak-cierra-sus-fronteras-para-limitar-la-expansion-del-virus.html 
  2. Labrado, E. (2020). Irak y Líbano en el filo de la navaja, el resurgir de las protestas. Instituto Español de Estudios Estratégicos (IEEE). Recuperado de http://www.ieee.es/publicaciones-new/documentos-de-opinion/2020/DIEEEO57_2020ELELAB_IrakLibano.html 
  3. García-Fraile, M. A. (2020). La dinámica geoestratégica de Irán en Oriente Próximo. Instituto Español de Estudios Estratégicos (IEEE). Recuperado de http://www.ieee.es/contenido/noticias/2020/06/DIEEEO86_2020MIGFRA_Iran.html 
  4. VOA News. (19 de enero de 2021). State Media: Iraq to Postpone General Elections by Four Months. VOA News. Recuperado de https://www.voanews.com/middle-east/state-media-iraq-postpone-general-elections-four-months