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Marruecos

Pourquoi l'Algérie effectue-t-elle des manœuvres militaires à la frontière avec le Maroc ?  

Ce pourrait être un nouveau signe du soutien de l'Algérie au Front Polisario 
Saïd Chengriha supervisa maniobras militares del Ejército de Argelia   en Tinduf 

PHOTO/AP  -   Saïd Chengriha supervise les manœuvres militaires de l'armée algérienne à Tindouf 

Suite à la déclaration du Front Polisario selon laquelle il n'exclut pas la guerre, les forces armées algériennes ont effectué les 17 et 18 janvier derniers des manœuvres terrestres et aériennes dans le sud-ouest du pays. Bien que le lieu des exercices n'ait pas été révélé, la décision de les tenir à Bechar, la troisième région militaire du pays, n'était pas accidentelle. Outre sa proximité avec la frontière marocaine, la région de Béchar abrite la ville de Tindouf, où se trouve la plus grande colonie de camps de réfugiés sahraouis, considérée comme le siège du Front Polisario en Algérie. La manifestation, qui a été diffusée à la télévision publique, aurait consisté en des manœuvres de "préparation au combat", pour "développer l'expérience", sans faire aucune mention des derniers événements au Sahara occidental. Ces exercices ont été supervisés par le chef d'état-major des armées, le général Saïd Chengriha.   

Un jour après les manœuvres, Sidi Wagal, l'autorité de sécurité du Front Polisario, a assuré lors d'une conférence de presse que les tensions avec le Maroc s'accentuaient et se termineraient "très certainement par une escalade de la guerre". Il a ajouté qu'il n'excluait pas que la Mauritanie et l'Algérie puissent intervenir dans cette guerre potentielle. Bien que ni l'Algérie ni la Mauritanie n'aient répondu à ces allégations, les exercices militaires de l'Algérie montrent que le Front Polisario continue de bénéficier du soutien inconditionnel de l'Algérie. L'année dernière, plusieurs pays africains traditionnellement du côté du Front Polisario ont reconnu la "marocanité" du Sahara occidental, comme c'est le cas de certains pays du sud du continent comme le Malawi.  

Cette démonstration de force de l'Algérie très proche de la frontière avec le Maroc, affichant son arsenal militaire, était destinée à provoquer le Maroc, avertissant que, si nécessaire, l'Algérie serait prête au combat. Le général Chengriha, comme la majorité des dirigeants militaires de l'armée algérienne, classe le Maroc comme un ennemi classique, comme ils l'ont réitéré dans des conférences de presse, comme celle du 23 décembre 2019, dans laquelle Chengriha lui-même a décrit le Maroc comme un pays ennemi.   

Malgré cette démonstration de la puissance de l'Algérie, le pays n'est pas au mieux de sa forme. Le ministre de l'énergie a annoncé dimanche dernier que les exportations d'hydrocarbures ont chuté de 40 %, ce qui représente une perte de 20 milliards de dollars. Pour un pays qui dépend du secteur de l'énergie, les conséquences de la pandémie, en général, et le moment délicat dans le secteur des hydrocarbures, en particulier, ont sérieusement affecté l'économie du pays. A cela s'ajoute l'instabilité politique depuis la chute d'Abdelaziz Bouteflika en 2019, dont l'Algérie ne s'est pas encore remise. Son président actuel, Abdelmadjid Tebboune, a récemment été hospitalisé en Allemagne pour un coronavirus et a dû rentrer en janvier dernier en raison de complications médicales. Pour toutes ces raisons, malgré la démonstration de force, l'Algérie ne peut se permettre d'entrer dans un conflit militaire. Comme les autorités algériennes sont parfaitement conscientes de cette réalité, l'exercice militaire avait pour but de rappeler au Maroc et de réaffirmer le soutien de l'Algérie au Front Polisario, malgré les difficultés politiques et économiques que le pays peut connaître. Ce n'est pas la première fois qu'une telle provocation a lieu, des exercices similaires ont été réalisés en 2016 dans la même région. La différence est que, dans ce cas, les manœuvres ont eu lieu à un moment de conflit actif entre le Maroc et le Front Polisario, depuis la rupture du cessez-le-feu en novembre dernier.