Sahel : même objectif, stratégie différente

Compte tenu de la croissance du terrorisme dans la région, il est nécessaire d'adapter les stratégies
Soldado Francés

AFP/ MICHELE CATTANI  -   Des soldats de l'armée française patrouillent dans une zone rurale lors de l'opération Barkhane dans le nord du Burkina Faso le 9 novembre 2019

Le récent succès des opérations contre le djihadisme au Sahel par les troupes françaises, notamment dans la zone dite des trois frontières, ne cache pas une réalité : il y a des signes évidents d'épuisement. Non seulement d'un point de vue national et politique au Mali en particulier, mais pour le pays européen lui-même. Le coût de l'opération Barkhane est d'environ un milliard d'euros par an pour maintenir une présence militaire qui commence à approcher la décennie et qui a fait cinquante victimes dans les rangs français. Dans les deux sens, un chiffre record pour la France depuis les années 1960. De plus, pour l'individu malien, dont l'instabilité politique ne découle pas exclusivement de la violence quasi chronique dans certains de ses territoires, la présence française commence à avoir un impact négatif sur un pourcentage important de la population, ce qui se traduit par une plus grande réaction sociale et politique.

Soldados franceses
AFP/ MICHELE CATTANI - Des soldats de l'armée française dans le nord du Burkina Faso le 12 novembre 2019

Le Mali a déjà pris certaines mesures pour définir sa propre façon d'interagir avec les groupes terroristes présents dans la région, en faisant preuve d'une ouverture claire au dialogue. Tant de l'exécutif du président déchu Ibrahim Boubacar Keïta que de celui récemment formé après le coup d'État de cet été, la possibilité de négocier avec certains groupes ou acteurs au sein des réseaux qui forment les branches de Daech et d'Al-Qaïda au Sahel est en cours d'exploration. La libération de plusieurs otages en échange de près de deux cents djihadistes, initiée par le gouvernement malien, n'a pas été beaucoup célébrée, ni considérée comme un succès diplomatique notable à Paris. Ce profil plus bas que d'habitude pour un président comme Emmanuel Macron et un pays comme la France, suggère une certaine tension et un décalage dans les formes et, surtout, le coût de la libération. Quelque chose qui, bien sûr, n'a pas été verbalisé par la diplomatie française.

cooperante Sohpie Petronin
AFP/ GONZALO FUENTES - Le président français Emmanuel Macron (à droite) aux côtés de la coopérante française Sophie Petronin (à gauche), accueillie par sa famille après que des ravisseurs djihadistes présumés aient libéré la femme de 75 ans, après près de quatre ans de captivité au Mali, à son arrivée à l'aéroport militaire de Villacoublay près de Paris le 9 octobre 2020

Ni la présence militaire ni la négociation avec les groupes djihadistes n'impliqueront une solution définitive ou immédiate à la crise que connaît cette région africaine depuis des années. La première est une conséquence de l'existence de ces groupes terroristes avec lesquels on cherche à négocier, terrorisme qui est à son tour une conséquence du manque de bonne gouvernance et de présence de l'État sur l'ensemble du territoire, également de frictions ethniques, de manque de développement et d'opportunités, etc. Par conséquent, la seule solution durable consiste à s'attaquer à ces problèmes à la racine et à faire en sorte que les acteurs extérieurs jouent un rôle de plus en plus important dans ces solutions. La seule solution durable est donc de s'attaquer à ces problèmes à la racine, et de faire en sorte que les acteurs extérieurs jouent un rôle de plus en plus important dans ces solutions. Nous cherchons à passer d'une quasi-tutelle - voire d'une quasi-substitution dans le domaine militaire par la France - à un soutien par ceux qui ont les capacités et les moyens de le faire, comme des acteurs comme l'Union européenne.

Stephen McGown liberado
AFP PHOTO/GULSHAN KHAN - Stephen McGown (à gauche), otage sud-africain libéré et retenu en otage par Al-Qaida au Mali pendant près de six ans, serre la main de Mohamed Yehia Dicko (à droite), qui a participé aux négociations pour sa libération, lors d'une conférence de presse tenue dix jours après sa libération, au siège de la Fondation Gift of the Givers à Johannesburg (Afrique du Sud), le 10 août 2017

La France travaille dans ce sens depuis un certain temps déjà, en essayant d'inciter ses partenaires européens à s'engager militairement dans la région, en partageant le fardeau que Paris assume actuellement presque exclusivement. C'est l'objectif de la Task Force Takuba, qui ajoute progressivement des pays non seulement au soutien politique de l'opération, ce que l'Espagne n'a même pas fait, mais aussi à l'envoi de troupes. Selon le ministre français de la défense, Florence Parly, le Portugal et l'Italie seraient les derniers à rejoindre d'autres pays tels que la Suède, la République tchèque et l'Estonie. Un hybride, selon les termes de l'ancien officier français Michel Goya, entre la fin de la présence française et le rôle actuel joué par l'opération Barkhane. De nouvelles plateformes telles que l'Alliance pour le Sahel, qui vise à canaliser les investissements de développement dans la région, peuvent également être placées dans ce cadre. 

Programa de entrenamiento
AFP PHOTO / ECPAD / EJÉRCITO FRANCÉS - Programme de formation par les instructeurs de l'EUTM

L'Union européenne, pour sa part, comprend aussi que la bonne gouvernance est le pilier fondamental pour que tout ce qui est investi au Sahel, du temps, de l'argent et aussi, bien sûr, des vies humaines, ait un sens et porte ses fruits dans la consolidation des Etats de la région. Le travail de formation effectué par l'EUTM-Mali ou des projets tels que le GAR-SI Sahel, ainsi que le rôle militaire et sécuritaire que le G5 Sahel devrait renforcer. 
Il est évident que le terrorisme continue de se propager dans la région, menaçant désormais aussi les pays côtiers comme le Ghana ou la Côte d'Ivoire, malgré l'ampleur des efforts déployés dans la région. L'objectif reste le même, mais les moyens pour l'atteindre, dont Barkhane, devront peut-être être revus.