Un sommet à Bagdad pour rapprocher l'Arabie saoudite et l'Iran

La réunion aura lieu ce samedi et le président français Emmanuel Macron y participera également
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AFP/LUDOVIC MARIN  -   Le Premier ministre irakien Mustafa al-Kadhimi (G) avec le président français Emmanuel Macron au palais de l'Elysée à Paris, le 19 octobre 2020.

La tension dans les relations - ou précisément l'absence de tension - entre l'Arabie saoudite et l'Iran a atteint un point de blocage qu'il est urgent de résoudre. La poursuite des confrontations directes et indirectes - actions saoudiennes au Yémen contre les milices soutenues par l'Iran et vice-versa - a fait que l'Irak a dû faire sa part pour provoquer une rencontre qui pourrait rapprocher un peu plus les positions des deux pays, qui ne pourraient pas être plus éloignées actuellement.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian, représentera son pays sur le sol irakien lors du sommet régional, comme l'a annoncé le ministère lui-même. Le nouveau président de la République islamique, Ebrahim Raisi, a également été invité au sommet de Bagdad, mais on ne sait pas encore s'il y participera. Selon des sources proches du Premier ministre irakien Mustafa Al-Kadhemi, la réunion de samedi vise à donner à l'Irak un "rôle unificateur" dans la résolution des crises qui secouent tous les pays de la région depuis des années. Toutefois, le sous-secrétaire du ministère irakien des affaires étrangères et porte-parole du "sommet de Bagdad", Nizar al-Khairallah, a déclaré que la réunion "se concentre sur la coopération économique et l'intégration de l'Irak avec ses partenaires".

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AFP/ SABAH ARAR - Le vice-ministre irakien des affaires étrangères, Nizar al-Khairallah.

Concernant les éventuelles tensions entre les représentants saoudiens et iraniens, M. Al-Kadhemi a déclaré que "la réunion de la conférence se déroule entre les dirigeants et les décideurs des pays qui ont un poids dans la région et la possibilité d'offrir des opportunités de dialogue dépend de la volonté des pays". Il a ajouté qu'"il suffit de créer les bonnes conditions, mais les dirigeants ont la volonté d'évaluer l'intérêt d'un dialogue constructif dans la communication avec les autres pays", laissant la porte ouverte à une voie de dialogue, mais sans laisser de réponse concrète, au final.

L'ordre du jour du sommet de samedi n'est pas encore connu. Ce qui est prévu, c'est la rencontre tant attendue entre les représentants de l'Arabie saoudite et de l'Iran, rencontre qui a déjà eu lieu à plusieurs reprises dans le même pays, mais à huis clos. Depuis avril, des négociations ont lieu entre les deux pays dans le but de reprendre les relations rompues en 2016 en raison de l'attaque de leur ambassade à Téhéran et de la réaction iranienne à l'exécution du religieux chiite dissident Nimr al-Nimr.

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PHOTO/CLODAGH KILCOYNE via AP - Emmanuel Macron, président de la France

Le président égyptien Abdel Fattah El-Sisi et le roi de Jordanie Abdallah II ont déclaré qu'ils seraient présents, tout comme le président français Emmanuel Macron, le seul officiel attendu en dehors de la région. La présence de M. Macron devrait renforcer la confiance et témoigner d'une volonté sincère de toutes les parties de s'engager dans des discussions réellement productives. En effet, M. Raisi, qui a pris ses fonctions il y a à peine une semaine, a déclaré qu'il ne voyait "aucun obstacle" au rétablissement des liens avec Riyad et qu'il entendait faire de l'amélioration des relations avec les pays de la région l'une de ses priorités, du moins c'est l'image qu'il veut donner.

L'une des questions sur la table était l'éventuelle participation de la Syrie au sommet, bien qu'al-Khairallah l'ait exclue car il ne voulait pas commencer le sommet "avec une question controversée" telle que le retour de la Syrie sur l'échiquier régional. Il a toutefois défendu la participation de la Syrie aux futures réunions, affirmant que "la sécurité et la stabilité de la Syrie font partie de la sécurité et de la stabilité de l'Irak, et l'Irak est le seul pays qui appelle ouvertement au retour de la Syrie au sein de la Ligue arabe". Rappelons qu'il a été exclu de l'organisme panarabe après le déclenchement du conflit dans le pays en 2011.