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Opinion

Les Sahraouis de Podemos

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Pablo Iglesias a publié dans CTXT le 19 mars un article intitulé "Sánchez, les Sahraouis et Unidas Podemos", qui surprend et déconcerte ceux qui connaissent de près la question de l'ancien Sahara espagnol, et qui mérite d'être commenté.

Premièrement, lorsque Pablo Iglesias se réfère aux "Sahraouis" dans le titre de l'article, il se réfère en fait concrètement, sans le dire, au Polisario et non à la majorité des Sahraouis qui se trouvent au Sahara et vivent en liberté en exerçant leurs droits démocratiques.  Il fait référence aux "Sahraouis" de Tindouf, sous la tutelle et le commandement des militaires d'Alger. Il s'agit des "Sahraouis" dont personne ne sait combien ils sont et s'ils sont vraiment tous des Sahraouis de l'ancien Sahara espagnol comme on le prétend. L'ONU demande depuis des années à être autorisée à effectuer un recensement, mais l'Algérie refuse. La question est une énigme et un secret connu seulement du régime militaire algérien.

En ce qui concerne le contenu de l'article, Pablo Iglesias accuse Pedro Sánchez d'avoir "porté un coup violent au droit des Sahraouis à être libres par l'exercice du droit à l'autodétermination, que l'ONU a reconnu le 29 avril 1991 avec la résolution 690".

Appeler la décision de Pedro Sánchez un "coup de poignard au droit des Sahraouis" du Polisario, qui pour Iglesias est le peuple du Sahara, est une insulte et un mépris pour le régime militaire de l'Algérie, le gardien, maître et tuteur de la "cause sahraouie" et des "Sahraouis" du Polisario, étant la véritable partie au conflit. Il a dépensé plus de 500 milliards de dollars pour la "cause" et dépense actuellement 1 milliard de dollars par an (dont la moitié est destinée aux dépenses militaires et est incluse dans le budget de l'armée algérienne). Ce ne sont donc pas de pauvres gens sans défense qui ont été facilement poignardés.

D'autre part, Pablo Iglesias se réfère dans son argumentation à une résolution dépassée, si lointaine qu'elle date de 1991, une date antérieure même au démantèlement de l'URSS. Les événements ultérieurs l'ont rendue obsolète et toute référence à cette résolution est trompeuse.

Pendant des décennies, les résolutions de l'ONU n'ont fait aucune référence au référendum d'autodétermination. Depuis 2004, aucune résolution du Conseil de sécurité n'a fait référence au référendum. La raison en est que l'ONU n'a pas été en mesure de déterminer sur le terrain qui avait le droit de vote du peuple sahraoui.  Le référendum n'étant qu'un des moyens d'exercer l'autodétermination et non le seul, le Conseil de sécurité l'a abandonné, se contentant dans ses résolutions d'encourager les parties à parvenir à "une solution politique réaliste, viable et durable fondée sur le compromis", toujours dans le cadre de l'autodétermination.

Par ailleurs, afin de surmonter l'impasse et de trouver une issue au conflit du Sahara, le Maroc a présenté en 2007 sa proposition basée sur une large autonomie. Il s'est inspiré de la première version du plan, connue sous le nom de Baker I ou d'accord-cadre. Depuis la présentation de l'initiative marocaine, toutes les résolutions du Conseil de sécurité se lisent comme suit : "Prenant note de la proposition marocaine présentée au Secrétaire général le 11 avril 2007 et se félicitant des efforts sérieux et crédibles déployés par le Maroc pour faire avancer le processus vers une solution".

Le représentant des États-Unis à l'ONU, qui est le rédacteur des résolutions sur le différend, lorsqu'il explique le vote de son pays en faveur des résolutions adoptées, fait toujours référence à la proposition présentée par le Maroc, dont il fait l'éloge et qui lui offre la primeur d'une solution. C'est également la position du représentant de la France et de la Grande-Bretagne ainsi que du reste des membres du Conseil de sécurité. La chose sensée à faire pour Pablo Iglesias n'est donc pas de se référer à une résolution dépassée mais à la plus récente, la résolution 2602 du 29 octobre 2021. Citons quelques paragraphes de cette résolution, qui nous permettront d'aborder les raisons pour lesquelles nous sommes restés bloqués à l'époque de l'URSS.

Dans cette résolution du Conseil, il réaffirme son engagement à "aider les parties à parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, fondée sur le compromis, qui permette l'autodétermination du peuple du Sahara occidental". Alors que dans un autre paragraphe, il souligne "la nécessité de parvenir à une solution politique à la question du Sahara occidental qui soit réaliste, viable, durable et acceptable pour toutes les parties et fondée sur le compromis...".

En définitive, il appelle à "une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui permette l'autodétermination du peuple du Sahara occidental dans le cadre d'arrangements conformes aux buts et principes de la Charte des Nations Unies, et note le rôle et les responsabilités des parties à cet égard".

Dans cette résolution, comme dans les précédentes, il réitère une fois de plus que le Conseil de sécurité prend "note de la proposition marocaine soumise au Secrétaire général le 11 avril 2007 et se félicite des efforts sérieux et crédibles déployés par le Maroc pour faire avancer le processus vers une solution, et prend note également de la proposition soumise au Secrétaire général par le Front POLISARIO le 10 avril 2007".

Ce paragraphe important fait référence à la proposition présentée par le Maroc, basée sur une large autonomie où tous les critères requis par le Conseil de sécurité sont inclus, qui, grâce à des négociations de bonne foi et aux contributions constructives des parties, améliorera le projet et deviendra, grâce au compromis, la solution politique acceptable et durable pour tous. Cela conduirait à l'autodétermination, conformément aux principes de la Charte des Nations unies, que l'ONU réitère dans ses résolutions.

Dans le langage diplomatique de l'ONU, le Conseil de sécurité, qui représente la communauté internationale et dont émane la légalité internationale, favorise clairement dans cette résolution la solution basée sur l'autonomie présentée par le Maroc et lui offre la première position de négociation pour parvenir à une solution réaliste et durable basée sur le compromis. Il s'agit d'une troisième voie, d'une option gagnant-gagnant, qui remplace le référendum dépassé prévu par le plan de règlement (résolution 690/1991), fondé sur des options maximalistes, avec des gagnants et des perdants, et qui conduirait finalement à un autre conflit.