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La Finlande va demander son adhésion à l'OTAN malgré les menaces russes

Le Kremlin prévient que l'adhésion du pays nordique sera "sans aucun doute" une menace pour la Russie. La Suède devrait suivre l'exemple de la Finlande
En esta foto de archivo tomada el 25 de octubre de 2021, el secretario general de la OTAN, Jens Stoltenberg (izquierda), y el presidente de Finlandia, Sauli Niinisto AFP/VESA MOILANEN

AFP/VESA MOILANEN  -   Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, et le président finlandais, Sauli Niinisto, le 25 octobre 2021.

Le gouvernement finlandais a pris une décision historique. Le pays nordique sort de sa neutralité et annonce son intention de demander l'adhésion à l'OTAN "sans délai". Le président Sauli Niinistö et la première ministre Sanna Marin ont annoncé dans une déclaration commune que l'adhésion à l'OTAN "renforcerait la sécurité de la Finlande". Les dirigeants finlandais espèrent que le processus nécessaire "pour prendre cette décision sera engagé rapidement dans les prochains jours". Helsinki prévoit de soumettre formellement sa demande dans le courant de cette semaine ou au début de la semaine prochaine.   

Dans la note, Niinisto et Marin soulignent que le pays a connu un "grand débat" sur la question. Selon les sondages nationaux, plus de 75% des citoyens sont favorables à l'adhésion. "Il a été nécessaire que le parlement et la société dans son ensemble établissent leurs positions sur la question", ainsi que "d'établir des contacts internationaux étroits avec l'OTAN et ses pays membres et la Suède". Stockholm a également exprimé son intention de rejoindre l'Alliance. "Nous avons voulu donner à la discussion l'espace nécessaire", ajoute le communiqué. 

La primera ministra de Finlandia, Sanna Marin AP/FRANCK ROBICHON
AP/FRANCK ROBICHON - Le Premier ministre finlandais Sanna Marin

Avant d'annoncer sa décision, Niinistö a déclaré que l'adhésion de la Finlande à l'OTAN n'était dirigée contre personne, lors d'une conférence de presse avec le Premier ministre britannique Boris Johnson, qui s'est rendu dans le pays pour signer des accords de sécurité mutuelle qui "renforceront les défenses de l'Europe du Nord contre de nouvelles menaces". Le Premier ministre s'est également rendu en Suède avec le même agenda. 

El primer ministro británico, Boris Johnson, a la izquierda, y el presidente de Finlandia, Sauli Niinisto, firman una garantía de seguridad, en el Palacio Presidencial de Helsinki, Finlandia, el miércoles 11 de mayo de 2022 REUTERS/FRANK AUGSTEIN
REUTERS/FRANK AUGSTEIN - Le Premier ministre britannique Boris Johnson, à gauche, et le président finlandais Sauli Niinisto signent un accord de sécurité.

Pendant l'heure des questions, un journaliste a fait allusion aux menaces "politiques et militaires" de la Russie à l'encontre de la Finlande et de la Suède en cas d'adhésion à l'OTAN. Le président finlandais a rendu le dirigeant russe Vladimir Poutine responsable de cette situation. "Vous avez provoqué cela. Regardez dans le miroir", a répondu Niinistö.

El primer ministro británico, Boris Johnson, y el presidente finlandés, Sauli Niinisto, se dan la mano, tras firmar una declaración entre el Reino Unido y Finlandia para profundizar en su cooperación en materia de defensa y seguridad, en medio de la invasión rusa de Ucrania, en el Palacio Presidencial, en Helsinki, Finlandia, el 11 de mayo de 2022 REUTERS/FRANK AUGSTEIN
REUTERS/FRANK AUGSTEIN - Le Premier ministre britannique Boris Johnson et le président finlandais Sauli Niinisto après la signature d'une déclaration entre le Royaume-Uni et la Finlande visant à approfondir leur coopération en matière de défense et de sécurité.

La Finlande, bien que faisant partie de l'Union européenne, avait maintenu une position neutre vis-à-vis de l'OTAN et de la Russie jusqu'au déclenchement de la guerre en Ukraine. Le pays a été envahi par l'Union soviétique le 30 novembre 1939, quelques mois après le début de la Seconde Guerre mondiale. À la fin de la guerre, le pays nordique a pu obtenir son indépendance mais a dû céder 10 % de son territoire national à l'URSS, y compris sa deuxième ville la plus peuplée, Viipuri.

El presidente de Finlandia, Sauli Niinisto, durante una conferencia de prensa conjunta con el primer ministro británico, Boris Johnson, en el Palacio Presidencial en Helsinki, Finlandia, el miércoles 11 de mayo de 2022 REUTERS/FRANK AUGSTEIN
REUTERS/FRANK AUGSTEIN - Le président finlandais Sauli Niinisto lors d'une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre britannique Boris Johnson au Palais présidentiel à Helsinki, mercredi 11 mai 2022.
L'élargissement de l'OTAN est une "menace" pour la Russie 

La Russie a rapidement réagi à la décision du gouvernement finlandais. Le porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov, a déclaré que l'adhésion d'Helsinki à l'OTAN constituerait "sans aucun doute" une menace pour le pays. "L'élargissement de l'OTAN et le rapprochement de l'Alliance vers nos frontières ne rendent pas le monde et notre continent plus stables et plus sûrs", a déclaré Peskov aux journalistes, selon l'AFP. Le porte-parole a également souligné que "les options les plus diverses sont toujours considérées et analysées". 

AFP/ NATALIA KOLESNIKOVA  -   En esta foto de archivo tomada el 17 de diciembre de 2020, el portavoz del Kremlin, Dmitry Peskov, se sienta frente a una pantalla que muestra al presidente ruso Vladimir Putin
AFP/ NATALIA KOLESNIKOVA - Dans cette photo d'archive prise le 17 décembre 2020, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, est assis devant un écran montrant le président russe Vladimir Poutine.

Peu après le début de l'invasion de l'Ukraine, Moscou s'est adressé directement à la Finlande et à la Suède, les avertissant que l'adhésion à l'OTAN aurait des conséquences. Néanmoins, les deux pays ont continué à exprimer leur désir de rejoindre l'Alliance. En conséquence, la Russie a même menacé de déployer des armes nucléaires dans la Baltique si Helsinki et Stockholm rejoignaient l'OTAN. Le vice-président russe du Conseil de sécurité, Dmitri Medvedev, a souligné que, si tel était le cas, il ne pourrait plus être question d'une Baltique "dénucléarisée". 

​  AFP/AFP - Las diferentes etapas de la adhesión a la OTAN  ​
​AFP/AFP - Les différentes étapes de l'adhésion à l'OTAN

Pour la Finlande et la Suède, l'agression de la Russie contre l'Ukraine a marqué un tournant. La crainte de vivre la même chose aux mains de leur grand voisin de l'Est a poussé les deux pays à vouloir rejoindre l'OTAN. Comme Marin l'a prévenu lors d'une rencontre avec la Première ministre suédoise Magdalena Andersson, son pays, qui partage une frontière de 1 300 kilomètres avec la Russie, doit "se préparer à toutes sortes d'actions russes" car depuis l'invasion de l'Ukraine "tout a changé". Andersson est d'accord et note que "le paysage de la sécurité a complètement changé".

Malgré les menaces de la Russie, plusieurs analystes considèrent qu'une action militaire contre ces pays est peu probable. "Une grande partie des troupes russes stationnées près de la frontière finlandaise ont été déplacées en Ukraine et ont subi des pertes importantes", affirme Heli Hautala, diplomate finlandais et chercheur au Center for a New American Security, cité par l'Associated Press.

Par conséquent, selon Hautala, Moscou est susceptible de lancer des campagnes de désinformation, des cyberattaques et des contre-attaques économiques contre le pays, ainsi que des migrations directes vers la frontière finno-russe, à l'instar de ce qui s'est passé à la frontière polonaise avec le Belarus en novembre dernier. 

Soldados finlandeses participan en el ejercicio mecanizado del ejército Arrow 22 en la guarnición de Niinisalo en Kankaanp'', Finlandia occidental, el 4 de mayo de 2022 LEHTIKUVA/HEIKKI SAUKKOMAA via AP
LEHTIKUVA/HEIKKI SAUKKOMAA via AP - Des soldats finlandais participent à l'exercice de l'armée mécanisée Arrow 22 sur la garnison de Niinisalo à Kankaanp, dans l'ouest de la Finlande, le 4 mai 2022.

En outre, comme l'explique à CNBC Anna Weislander, directrice du groupe de réflexion sur l'Europe du Nord de l'Atlantic Council, "l'adhésion de la Suède et de la Finlande à l'OTAN renforcera la dissuasion dans la région". Weislander souligne "les atouts" que les deux pays apporteront à l'Alliance, ainsi que "la capacité de planifier la sécurité de l'Europe du Nord de manière globale".

"Nous n'attendrons pas le sommet de Madrid s'il peut être approuvé avant"

L'OTAN, pour sa part, accepterait "rapidement" l'adhésion de la Finlande et de la Suède, "alors que l'invasion de l'Ukraine par la Russie oblige à repenser radicalement la sécurité européenne", ont relevé cinq diplomates à Reuters. Les sources ont confirmé à l'agence de presse que les demandes des deux pays seraient approuvées, avant même le sommet de l'OTAN prévu du 28 au 30 juin à Madrid. "Il n'y a pas de calendrier précis. Nous n'attendrons pas le sommet de Madrid si cela peut être approuvé avant", explique un diplomate. 

AFP/JOHANNA GERON  -   El secretario General de la OTAN, Jens Stoltenberg
AFP/JOHANNA GERON - Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg

Certains États membres comme l'Estonie, le Danemark, la Pologne et la Roumanie ont déjà manifesté leur soutien à l'adhésion de la Finlande, affirmant qu'ils soutiendraient un processus d'adhésion rapide. Même le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, a déclaré que les portes de l'Alliance étaient ouvertes à ces deux pays.  

Les responsables soulignent également que le moment est venu pour Helsinki et Stockholm de rejoindre l'Alliance, car "la Russie n'est pas en mesure d'attaquer (les nations nordiques)". "Si ce n'est pas maintenant, alors quand ?" demande un autre, faisant allusion aux pertes russes en Ukraine. 

Après la Finlande, c'est au tour de la Suède, un autre pays qui, ces derniers mois, a signalé son intention de demander l'adhésion à l'OTAN. La ministre des Affaires étrangères, Ann Linde, a qualifié la décision de Helskini d'"importante". 

"La Suède décidera après la présentation du rapport sur les consultations sur la politique de sécurité", a-t-elle écrit sur son compte Twitter. Selon les médias suédois, Stockholm prévoit de soumettre sa demande la semaine prochaine, après un sommet des sociaux-démocrates au pouvoir dimanche.