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L'Europe déplore l'enlisement des négociations nucléaires avec l'Iran

Ils estiment que la position de Téhéran est "incohérente" et les accusent de perdre un "temps précieux"
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L'optimisme affiché par Josep Borrell il y a quinze jours avec le début des négociations nucléaires à Vienne s'est estompé au fil des jours. Alors que le diplomate européen Enrique Mora s'est dit convaincu "que nous pourrions faire des choses importantes dans les semaines à venir", les dernières rencontres avec les représentants du gouvernement d'Ebrahim Raisi laissent penser le contraire. L'Europe estime que Téhéran est peu raisonnable et que les négociations sont loin d'être productives, car le changement de position consécutif aux élections iraniennes de l'été dernier s'est traduit par une position incohérente.

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WANA/MAJID ASGARIPOUR - Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif (G) rencontre le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique Rafael Grossi (D) à Téhéran, en Iran, le 21 février 2021.

"À ce stade, nous n'avons pas encore été en mesure d'entamer de véritables négociations", affirment les diplomates britanniques, français et allemands. Ce n'est plus seulement que la distance est grande, mais que les principales forces européennes mettent en doute les intentions de l'Iran. Certains suggèrent même que toute cette affaire pourrait être une stratégie de l'Iran pour gagner du temps afin de développer des armes nucléaires, ce que Téhéran a maintes fois démenti. Les diplomates disent qu'ils ont "eu de nombreuses heures d'engagement et que toutes les délégations ont fait pression sur l'Iran pour qu'il soit raisonnable", ce qui, pour le moment, est loin d'être atteint.

Ce qui inquiète vraiment la communauté internationale, c'est qu'après deux semaines de négociations, le tableau est le même qu'il y a cinq mois, lorsque les pourparlers se sont arrêtés, également sans progrès. "Nous perdons un temps précieux à traiter les nouvelles positions iraniennes qui sont incompatibles avec l'(accord nucléaire) ou qui vont au-delà", estime l'Europe. Ces propos contrastent fortement avec ceux d'Ali Bagheri, le négociateur en chef de l'Iran, qui a déclaré à l'agence de presse officielle Irna que "les deux parties sont sur le point de se mettre d'accord sur les questions qui devraient figurer à l'ordre du jour".

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PHOTO/WANA (West Asia News Agency) - Une vue du réacteur nucléaire à eau d'Arak, en Iran, le 23 décembre 2019.

"Il s'agit d'une évolution positive et importante car, au début, ils n'étaient même pas d'accord sur les questions à négocier", a ajouté M. Bagheri. Téhéran maintient que son engagement envers les pourparlers est sérieux et que son intention est de poursuivre les discussions. Cependant, ils ont toujours affirmé que leur principal objectif était de mettre fin aux sanctions imposées par Washington depuis que la Maison Blanche elle-même, sous la présidence de Donald Trump, a décidé d'abandonner unilatéralement le Plan d'Action Global Conjoint (JCPOA) en 2018.

Si la position de l'Iran est claire, celle des États-Unis ne l'est pas moins. Joe Biden a déclaré la semaine dernière que non seulement son gouvernement n'envisage pas de lever les sanctions contre les Iraniens pour le moment, mais qu'il prépare des "mesures supplémentaires". Si cette tendance se poursuit, les espoirs de parvenir à un nouvel accord ne semblent pas élevés. Pour le gouvernement iranien, le JCPOA est "une ligne rouge" et "il n'acceptera rien de moins que l'accord (de 2015)". Et il est vrai que les progrès réalisés par l'Iran sur son plan nucléaire depuis l'arrivée de Raisi ne laissent pas beaucoup de place aux exigences américaines.

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AFP - Carte de l'Iran montrant les principales installations nucléaires

La signature de l'accord nucléaire il y a six ans n'était pas facile, mais celle-ci semble presque impossible. Washington ne retire pas ses sanctions et en met de nouvelles sur la table. De son côté, l'Iran dispose de 17 fois plus d'uranium enrichi qu'en 2015, frôlant le risque de développer des armes nucléaires. Les semaines passent, les positions ne bougent pas et le plan nucléaire de l'Iran ne s'arrête pas. Le stock d'uranium enrichi à 60 % de l'Iran continue de croître, ce qui augmente le risque pour tous les pays de la communauté internationale. S'il n'y a pas de changement de tendance au cours des prochaines réunions, la sonnette d'alarme se déclenchera et le cauchemar de l'absence d'accord deviendra une réalité.