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Marruecos

L'Europe et la Méditerranée : quel avenir commun ?

Le Real Intituto Elcano, le CIDOB et la Fondation Friedrich Naumann présentent un riche dossier sur la situation EURO-MED 25 ans après le Processus de Barcelone
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FNF  -   FNF/ présentation de la publication au Círculo de Bellas Artes

La situation dans la région méditerranéenne s'est détériorée au cours des 25 dernières années. C'est le constat dressé dans le rapport "A moment to reflect : Creating Euro-Mediterranean bonds that deliver" sur l'état actuel de la région euro-méditerranéenne, qui propose trois voies de sortie possibles à partir d'une analyse prospective, signé par le Real Instituto Elcano, CIDOB et la Fondation Friedrich Naumann. Le scénario est beaucoup plus instable, inégalitaire et tendu qu'il ne l'était en 1995, lorsque les 12 pays signataires des accords du processus de Barcelone se sont réunis en Espagne pour se mettre d'accord et fixer des objectifs pour 2010. Ces objectifs, qui visaient à former une zone de libre-échange dans le bassin méditerranéen, n'ont été atteints à aucun égard. "A moment to reflect : Creating Euro-Mediterranean bonds that deliver", dans cette optique, propose des outils et des pistes pour parvenir à ce qu'il considère comme la meilleure Méditerranée possible pour tous ses voisins, grâce aux contributions des chercheurs et de la société civile.

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FNF/ Haizam Amirah Fernández, Ángeles Espinosa y Eduard Soler

" Assoir les 12 protagonistes des accords autour d'une table aujourd'hui, comme cela a été fait à Barcelone en 1995, serait une tâche beaucoup plus compliquée aujourd'hui ", a déclaré Eduard Soler i Lecha, analyste senior au CIDOB (Centre des affaires internationales de Barcelone), lors de la présentation du rapport "A moment to reflect : Creating Euro-Mediterranean bonds that deliver" au Círculo de Bellas Artes à Madrid. Un rapport coordonné par Haizam Amirah Fernández, Carmen Deschamps et Soler lui-même, qui offre une perspective non seulement sur la situation actuelle des relations entre l'Europe et la Méditerranée, mais aussi sur les scénarios possibles que l'on peut envisager à l'horizon. 

Ces scénarios, au nombre de trois, sont définis comme des“Bonds that deliver”, le résultat le plus souhaitable. “Looser bonds”, l'éloignement pacifique des rives et l'entrée dans le jeu de nouveaux acteurs comme la Chine ou les monarchies de la péninsule arabique. Et enfin, “Too tight bonds”, une relation trop étriquée par les intérêts nationaux et menacée par une extrême droite grandissante et des conflits stagnants, qui est présentée comme la conséquence des tendances actuelles, en vigueur depuis la désillusion de 2011 dans les pays arabes. 

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La cérémonie de présentation, à laquelle ont assisté la secrétaire d'État aux affaires étrangères et mondiales, Ángeles Moreno Bau, le directeur de l'Institut royal Elcano, Charles Powell, le directeur du bureau de Madrid de la Fondation Friedrich Naumann, David Henneberger, et le directeur de la CIDOB, Pol Morillas, a mis en lumière les points les plus importants de la publication lors d'une table ronde dirigée par la journaliste Ángeles Espinosa, en compagnie des deux principaux chercheurs de l'ouvrage, Amirah Fernández et Eduard Soler. 

Selon les rédacteurs du rapport, la région euro-méditerranéenne est l'un des plus grands défis de l'Europe, qui mérite une plus grande attention de la part des institutions gouvernementales. Récemment, ces intérêts ont également été rejoints par de nouveaux pays extérieurs au bassin maritime, comme l'Allemagne, par le biais de sa classe politique ou de sa société civile, comme l'a commenté David Henneberger, directeur du bureau de la Fondation Friedrich Naumann à Madrid : "C'est un succès qu'une fondation allemande collabore avec deux institutions espagnoles et s'intéresse aux mêmes questions. Nous avons des préoccupations communes et nous devrions en avoir davantage”. 

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Ses propos se sont ajoutés à ceux de Moreno Bau, qui a rappelé l'engagement particulier de l'Espagne envers la région méditerranéenne à travers ses programmes de coopération internationale dans la région.

C'est un intérêt que les auteurs du rapport ont soutenu, non seulement pour l'Espagne, mais dans un cadre commun d'alliances. La création d'un "quartier" qui enrichit ses "habitants" de manière durable et viable. Il convient de rappeler, comme cela a été souligné lors de l'événement, que les importations de l'Espagne au Maroc représentent un volume économique similaire à celui des importations de l'Espagne en Chine. 

La promotion de ce "voisinage" devrait, à l'instar du scénario positif des "obligations qui tiennent leurs promesses", amener les pays à s'éloigner du paradigme selon lequel le nord de la Méditerranée regarde le sud à travers le prisme de la sécurité, avec le terrorisme et l'immigration au premier plan de ces préoccupations, tandis que le sud de la Méditerranée regarde le nord à travers les lunettes du ressentiment, alimenté par l'écart économique important qui sépare les deux rives et qui affecte particulièrement les jeunes d'une zone qui a vu sa population augmenter de 35 % au cours de la dernière décennie. 

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"Il est encore possible de parvenir à une meilleure Méditerranée", a souligné M. Soler dans son discours, "mais le temps presse. Nous voulons atteindre le scénario des "Pères fondateurs de 1995". À ces objectifs, qui sont encore valables aujourd'hui, même si nous ne pouvons pas utiliser les mêmes outils qu'à l'époque, puisqu'ils se sont révélés inutiles". "Nous ne pouvons pas penser que nous sommes protégés de ce qui se passe à 500 km de Barcelone, à 200 km d'Almeria, ou à quelques pas de Ceuta et Melilla", conclut le chercheur.

Selon les chercheurs du CIDOB et du RIE, la réalisation de ces objectifs nécessite un changement de perspective de la part de la politique européenne, afin, selon les termes d'Amirah Fernández, "contagier la bonne gouvernance et les valeurs démocratiques" chez ses voisins, par opposition à "l'infection de l'autocratie et de l'illibéralisme". Le rapport affirme qu'une approche géopolitique moins traditionnelle sera nécessaire dans la région, menant à trois étapes successives : "(1) la réconciliation entre les voisins autrefois en guerre, (2) la normalisation des relations entre tous les pays concernés, et (3) la reconnaissance mutuelle des frontières. L'UE a la possibilité d'encourager cette dynamique dans son voisinage méridional".  

Ces points cités dans le rapport n'auraient jamais été sérieusement proposés par la politique étrangère européenne et ses interlocuteurs en Afrique, selon les chercheurs, vraisemblablement en raison d'un manque de volonté politique sérieuse pour les réaliser. 

Un moment de réflexion : créer des obligations euro-méditerranéennes qui tiennent leurs promesses" présente également un grand nombre de membres de la société civile qui ont apporté leurs points de vue sur la construction d'une Méditerranée commune. Parmi eux, des entrepreneurs comme Adnane Addioui, des membres du monde associatif comme Sana Afouiaz, des artistes et des militants, des membres de la communauté académique et éducative, des journalistes, des écrivains et des scientifiques de toutes les rives de la Méditerranée, qui livrent leurs impressions à travers des interviews réalisées par des chercheurs du CIDOB et du RIE, que l'on retrouve dans la publication, afin de mieux comprendre et d'œuvrer pour une Méditerranée unie.